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Un concentré de Vargas

Temps Glaciaires
Fred Va
rgas
Flammarion 2015 J’ai lu 2016

On a peu entendu parler de ce roman sur les réseaux polar. Sans doute parce que son succès en semblait assuré en raison de la notoriété de son auteur. On a par contre beaucoup écrit à propos de sa sortie chez Flammarion, consacrant la séparation, pour ne pas écrire rupture entre Fred Vargas et Viviane Hamy. Cet aspect, au-delà de la dimension ragots et autres commérages dont le microcosme de l’édition est friand, représente la prise en compte de ce qu’un auteur vaut aussi par ses relations avec son éditeur qui, lorsqu’il/elle est bon/ne sait faire améliorer le texte soumis.
Ce silence sur le contenu est injuste. Car on aborde ici le travail d’un écrivain qui a su gagner au genre noir une frange de la population qui n’aurait jamais lu de romans policiers sans elle.
Quelques mots sur l’intrigue. Adamsberg est fidèle à lui-même. Plus que jamais faudrait-il dire si cela avait un sens. « Pelleteux de nuages » comme on l’appelait au Québec dans Sous les vents de Neptune il tisse des liens étranges entre deux affaires semble-t-il tout à fait distinctes. La mort de froid de touristes égarés en Islande dix ans avant les suicides ou accidents de membres d’une association qui rejoue les grandes sessions de l’Assemblée Constituante. Mise en scène costumée et réaliste des discours de Robespierre, Danton, la mort de Desmoulins…
C’est érudit, et drôle en même temps. On découvre une association historique qui semble conduire ses membres vers une douce ( ?) folie.
Mais l’équipe d’Adamsberg ne le suit pas et un clivage apparait, douloureux pour tous, le commissaire compris. D’autant que Danglard, le fidèle, l’éternel ami, lui fait défaut, se rangeant même à la tête de ceux qui résistent. La « non méthode » d’Adamsberg est durement mise à l’épreuve.
Il y a sans doute quelques raisons objectives si Temps Glaciaires n’a pas eu l’écho des autres de sa série. Par exemple, les circonvolutions de l’esprit brumeux d’Adamsberg sont ici poussées au paroxysme. Et la rupture avec son équipe noircit l’ambiance. Certains personnages sont trop… tout. Trop décalés, trop hors norme, trop différents.
En un mot, sur le curseur, Fred Vargas a poussé tous les boutons un peu plus loin que d’habitude et sans doute cela a-t-il décontenancé les aficionados du noir sérieux ? Tous les amateurs de serial killers étripeurs de petits enfants n’en ont pas eu pour leur compte. Enciore moins que d’habitude. Ici, Adamsberg va jusqu’à convoquer les secours… pour un sanglier appelé Marc (car Marc assin…).
Je ne boude pas mon plaisir à suivre cette balade rêveuse dans le temps lointain avec la révolution française, et dans l’espace sur les rochers hantés islandais. Je ne boude pas non plus l’amusement devant la part de merveilleux pêchée en Islande par Vargas. Ce roman marque-t-il un tournant ? L’avenir, et le prochain livre signé Fred Vargas nous le diront.

Tag(s) : #critiques

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