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Un diamant noir d'exception !

Le Condor
Stig Holmå
s traduit par Alain Gnaedig
Sonatine éditions 2016

Voilà bien une des constructions littéraires les plus osées que j’aie rencontrées. Je me souviens encore de celle de Corrosions de Jon Bassof (Gallmeister 2015). Or, dans le cas du Condor, le lecteur n’est pas plongé dans un effet « rétroviseur » du miroir. Il est devant un miroir éclaté. Fragmentaire. Des milliers de morceaux, liés par le fil subtil d’une narration qui vous conduit sans cesse vers un approfondissement non seulement de la connaissance des faits, mais de leur perception par le narrateur. Bien sur, il faudra passer l’obstacle des quarante premières pages qui vous prennent sans cesse à contre pied. Puis, une fois acclimaté au rythme, alors…
Alors, bien-sur, il y a le plaisir narcissique de se dire « ah, ça, je l’attendais un peu » mais, diaboliquement, Stig Holmås parsème les indices qui perturbent son lecteur, chahutent ses prévisions, intriguent son esprit déductif.
Voyons pour l’intrigue. William Openshaw est tout. Tout, et tout à la fois. Poète encensé par la critique, communiste repenti, amoureux de Pasternak (Docteur Jivago), ex braqueur, ex taulard, et son enfance ne lui a laissé qu’amertume. Sa soif d’amour est immense, sa passion pour les oiseaux touchante. Le désespoir, les remords et la honte ne lui laissent aucun repos, le poussant à se réfugier profondément dans l'alcool et la déchéance.
Mais pourquoi Openshaw ne vit-il donc que parmi les plus pauvres, quelle fuite le pousse à s’enterrer dans les taudis du monde entier, auprès des prostituées les plus désespérées ? Vous allez vous en faire une puis des idées… et vous vous tromperez forcément, avant de finir chapeau bas. Forcément…
Il est très difficile de chroniquer ce livre. Ramasser l’intrigue en quelques mots serait possible. Et tuerait le bonheur de la découverte d’une écriture unique. Bien sur, tout n’est pas dans la construction. Le bonheur est aussi dans la découverte de l’intime d’un personnage qu’on voudrait aimer et qu’on pourrait presque… s’il n’y avait la dernière phrase. Celle qui vous claque la porte au visage et qui vous dit que depuis le début, tout espoir de rédemption était vain. Dix mots ! Jamais vu un coup de maître pareil !
Ce roman va entrer dans mon panthéon, celui des auteurs que j’aime-déteste parce que je voudrais, tellement, tellement, savoir écrire aussi bien.
Holmas est peu prolifique. Le Condor est son seul roman traduit en français, l’homme étant plutôt auteur pour la jeunesse et poète. Ce roman a connu une édition à la série noire, puis une sortie poche. Quelle belle idée a eu Sonatine de nous le redonner à lire.
Ne passez pas à côté.

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