Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Harboiled

Fausse Piste
James Cruml
ey taduit par Jacques Mailhos et illustré par Chabouté
Gallmeister 2016

Comment qualifier un roman dont une page sur trente ou quarante est habillée de traits noirs, vifs et forts ? En bref, d’illustrations se mariant à merveille avec le texte.
C’est qu’il est d’usage aujourd’hui de parler de roman graphique pour une BD, et comme cette édition n’est pas non plus un album… Bref, voici une exception, une originalité qui a tout son prix dans un monde où les surprises deviennent rares (coup de fatigue de la lectrice ?).

Milodragovitch est le rejeton abâtardi du fondateur de sa petite ville échouée au pied des montagnes du Montana. Et classiquement, le roman commence dans son bureau de détective privé quand une belle inconnue vient lui demander son aide. Tout aussi classiquement, ce privé là a le nez plus souvent plongé dans son whisky que dans les affaires des autres. Sauf qu’il fait de son addiction un art à part entière et que les alcoolos de son rade favori forment à ses yeux une communauté plus intéressante que les autres mortels de sa région.

Milo, donc, est alcoolique. Un peu désespéré, vaguement philosophe, complètement désabusé… Et pourtant doté d’un cœur (trop grand) et d’une vague conscience professionnelle et humaine encombrante. Une quintessence de hardboiled.
C’est bien connu, le diable se cache dans les détails. À sa manière de faux loser Milo délivre une leçon. La société américaine est pourrie, ses bases sont minées par la bonne conscience inutile, mélange de faux semblants et de complaisance. Lui, Milo, et sa bande de pote alcoolos ne sont pas aveuglés par les œillères qui les empêcheraient de plonger dans la réalité, au-delà des apparences.
C’est pour ça que ce roman n’est pas qu’un hymne au mythe américain du mauvais garçon désabusé, mais une critique frontale des fondements de l’american way of life ; parée d’humour désespéré, il va de soi.

Aussi, peu importent les rebondissements de l’intrigue. Les méchants deviennent gentils, les gentils se révèlent menteurs et les salauds restent salauds. L’esprit, l’écriture vive (dans une belle traduction) le style mordant et incisif, les apartés d’un très noir humour, tout cela construit un roman comme les aiment les amoureux de littérature américaine. De littérature tout court !

Tag(s) : #critiques

Partager cet article

Repost 0