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Erlendur crépusculaire

Les nuits de Reykjavik, suivi de Le Lagon Noir
Arnaldur Indridason traduit par Eric Boury
Points policier 2015 et Métailié noir 2016

Ces deux romans sont à lire dans l’ordre indiqué, car il est souvent fait référence au premier dans le second, alors autant savoir de quoi il retourne. Je vous accorde qu’on peut s’en passer, mais un peu d’organisation, que diable !
Dans le premier, on remonte aux débuts de la carrière d’Erlendur dans les années soixante-dix. Autant dire la préhistoire du polar. Ses patrouilles de nuit, les petits restaurants ouvriers, où simple flic, il va dévorer de la raie rancie cuite à la graisse de mouton (arrrrghh), les cheveux longs et les barbes de ses collègues, et, mais cela ne doit pas avoir beaucoup changé, l’alcoolisme intense des interminables nuits islandaise.
Les nuits de Reykjavik expose que comme ailleurs, un clodo qu’on retrouve noyé dans une mare risque de ne pas déclencher une activité policière acharnée. Cette indifférence peine Erlendur, qui connaissait le sdf et un peu de son histoire. Tel qu’on le connait des années plus tard, il présente déjà sa fascination pour les disparus, et ici, c’est dans la ville, de la vie même, que s’était déjà dissous l’homme avant d’être retrouvé flottant dans quelques centimètres d’eau.
Dès cette enquête que le flic en tenue mène de son propre chef, on voit les graines de la suivante : il passe à répétition devant la maison d’une jeune fille ayant disparu bien des années auparavant, n’étant jamais arrivée à l’école qu’elle fréquentait.

Erlendur crépusculaire

Dans le Lagon noir, qui se déroule à la suite, on découvre toute l’ambigüité de la position des Islandais face aux presque occupants américains, installés dans d’énormes bases militaires où des gradés arrogants traitent les locaux comme des paysans demeurés. Erlendur, récemment nommé à la criminelle, a fort à faire pour y mener son enquête sur la mort d’un ouvrier d’une entreprise autochtone, tout en cherchant sa jeune disparue dont les traces vieilles de vingt ans sont quasi effacées.
Les thèmes sont eux que l’on connait pour les a voir lus, développés, dans les romans contemporains d’Indridason, dont on retrouve ici les prémisses. Sa relation avec sa femme, sa fille, la société islandaise coincée entre envie de modernisme et tradition, on a une bonne peinture de la naissance du personnage et de l’époque.
Mais que le diable soit de ces éditeurs qui vous traduisent et vous éditent tout dans le désordre, sans compter, pardon Métailié, que relire la première partie du lagon noir aurait quand même été une bonne idée…Car si ce n’est pas le style d’Indridason, mais plutôt son étrangeté un peu mélancolique qui fait son charme, un peu de soin à la traduction parait tout de même de mise.
Au bout de ces deux lectures, on a fait un chemin plaisant, en compagnie d’un personnage plus jeune qu’on ne l’a connu précédemment, et connaître son devenir donne des clefs intéressantes. Autant vous dire qu’il y règne la même lumière de nuit polaire. Crépusculaire est sans doute le qualificatif le plus adapté à l’humeur d’Erlendur jeune, autant que mûr…

Tag(s) : #critiques

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