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Les légèretés d 'un primé

Envoyée spéciale
Jean Echen
oz
Les éditions de minuit 2016

Constance, jeune oisive, porte bien mal son prénom, passant d’une chose à l’autre sans vraiment s’y intéresser. Les hommes, l’amour, le temps qui passe, un peu de shopping et beaucoup d’ennui. Un bel homme qui lui demande sa route lui fait brutalement quitter son quotidien inconsistant. Enlevée, séquestrée par des types un peu rustres mais pas insensibles à son charme, Constance se trouve élevée au rang d’espionne à la Mata Hari après un conditionnement dans la Creuse qui se termine au sommet d’une éolienne.
Lou Tausk, le toujours mari de Constance, compositeur de ritournelles à succès, mène une vie riche et pareillement oisive, à la recherche de l’inspiration enfuie après quelques disques d’or.
Et puis, qui pense tirer les fils de ses marionnettes, le général Bourgeaud, qui jouit d’une retraite qu’il veut active dans un bureau du boulevard Mortier, avec une idée bien personnelle de ses devoirs d’ancien des services secrets.
Vous n’êtes pas tombé dans un John Le carré. Du tout ! Non, malgré les apparences, vous venez d’ouvrir les pages d’un des livres les plus légers qui soit : joyeux et mélancolique à la fois, fantaisiste, poétique et drôle, sans doute écrit au microscope tant il s’y trouve de finesse.
Comment qualifier le style d’Echenoz ? un souffle imperceptible qui vous aère les neurones tout au long de la lecture, entre érudition et invention, mais toujours, toujours, avec la plus grande légèreté. C’est ainsi que très vite, vous allez vous demander ce qui cloche, pourquoi cette impression de déséquilibre flottant ? Dans les bonnes raisons à cette étrangeté, il y a l’absence de dialogue isolé : complètement intégré dans la narration, les interactions entre personnages relèvent de la trame du roman sans aucune rupture, créant tout à la fois une continuité unique et une distance discrète. Et puis cette manière qu’a Echenoz, unique, de prendre son lecteur à partie, avec une courtoisie délicieuse, légèrement surannée et à peine perceptible.

Voici un homme qui, malgré les multiples prix littéraires reçus, ne se regarde pas écrire. Il vous propose une balade qui mérite absolument le détour, démontrant encore une fois, qu’il n’y a ni blanche ni noire, seulement de la littérature, trop souvent galvaudée et maltraitée. Ici, rien que l’écriture est en soi une bonne raison d’ouvrir ce roman qui rend les jours plus riants.

Tag(s) : #critiques

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