Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Chères Fifties

Les Anges Barbares
Jean-Marc Dura
nd
Terra Nova 2016

Les Anges Barbares dont il est question ici, qui sont-ils ? Nous, vous, eux, Ange ou Barbare, les deux inscrits en nous à la façon de Janus, et seules les circonstances déterminent celui qui va montrer son visage. La face pale et souriante peut s’effacer, parfois à jamais, sous les traits sombres et grimaçants de la haine, de l’avidité ignoble, de la lâcheté érigée en système.
L’époque est déterminante dans l’atmosphère du roman. Car si Janus est éternel, la collaboration avec l’occupant et la dénonciation érigée en passe-temps national marquent bien la seconde guerre mondiale. L’auteur nous peint le portrait d’un flic lyonnais resté en poste mais « placardisé » pour manque d’enthousiasme dans l’arrestation de familles juives. Cinq ans après la signature de la paix, si des salauds ont été condamnés, la plupart des flics ayant obéi sans restriction aux ordres de l’occupant sont revenus en poste. Et les déportés, eux, sont si peu revenus des camps que les spoliateurs de leurs biens n’ont guère de souci à se faire.
Aussi, quand une jeune fille est retrouvée égorgée dans un quelconque entrepôt, il faut beaucoup de temps à Delmas, le policier, pour retrouver des traces officielles du destin de ses riches filateurs de parents, disparus dans la tourmente à laquelle elle a survécu. L’accès aux archives du bureau des questions juives n’est pas facile, surtout quand on a pour supérieur un bonhomme qui ne veut pas de vague, et n’a pas la conscience bien nette.
Delmas n’est pas alcoolique, il n’est pas toujours pendu à son portable, il ne castagne pas les suspects. Il écoute de la musique avec sa femme, se souvient beaucoup des années de guerre et leur amertume a surtout pour origine la mesquinerie humaine si crûment mise en lumière par les circonstances.
Reste-il un peu d’espoir ? Il y a quelques années on aurait bien volontiers acquiescé avec la supériorité amusée de celui qui vivant dans un pays riche et prospère, connait l’avenir ignoré du narrateur. Depuis quelques mois, depuis que la paix a reflué, que la barbarie a de nouveau grignoté des pans entiers de la carte du monde, le lecteur peut éprouver une grande tendresse pour ce personnage qui malgré tout, malgré le versant noir de ses contemporains, tente de sauver une certaine idée de la justice.
Ce premier roman porte les germes d’une plume intéressante. Jean-Marc Durand pose sur le monde un regard original, et il est impossible de le lire sans éprouver une certaine mélancolie. Une construction un peu lente, en accord avec le rythme de l’époque, une narration simple, tout le charme est dans la tendresse accordée à ses personnages.

Partager cet article

Repost 0