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Ne pas perdre le fil

Le Fil Rouge
Paola Barba
to, traduite par Anaïs Bouteille-Bokobza
Denoël / Sueurs Froides 2015


Les quarante premières pages de ce roman m’ont inexorablement rappelé L’immense Obscurité de la Mort, de Massimo Carlotto, qui autopsiait avec finesse et intelligence la douleur irrémédiable d’un Italien dont la femme et l’enfant avaient été assassinés à l’occasion d’un casse tournant mal. La vie arrêtée, l’obstacle impossible à surmonter, définissant et à jamais le restant de l’existence du survivant.
Ici, Antonio Lavezzi est le père d’une adolescente de treize ans retrouvée violée et assassinée dans sa chambre. L’homme a survécu au coma dans lequel l’agresseur de sa fille l’a laissé. Il a ensuite divorcé sans avoir jamais revu son épouse, après un mois d’inconscience. Le voici condamné à la pire des perpétuités : la culpabilité, l’incompréhension, l’horreur. Pour fuir les souvenirs insupportables, il a appris à tenir sa mémoire en sommeil, ses souvenirs attachés comme des chiens dangereux dans l’obscurité. On découvre en sa compagnie les techniques du lavage de cerveau autoprogrammé. Les habitudes immuables, l’attachement aux détails les plus minuscules de la vie courante. Surtout pas d’imprévu, pas de surprise, car les chiens tirent fort sur leur collier.
Là où Massimo Carlotto racontait le naufrage dans la violence de la revanche, Paola Barbato jette son personnage dans l’enfer de la vengeance incompréhensible d’un tiers. La mort stupéfiante de violeurs libérés, d’assassins d’enfants, de kidnappeurs ayant échappé aux rigueurs de la justice arrache Lavezzi à sa congélation superficielle, le jette dans le passé, l’oblige à tâtonner dans l’obscurité des faits jamais résolus.
Paola Barbato évoque le chagrin avec une intensité poignante. On est loin de A Mains Nues, son précédent roman, dans lequel elle décrivait la manipulation de jeunes hommes transformés en tueurs de combats privés.
Traité en poupées gigognes, incluant le récit d’une longue réclusion d’un enfant devenu le jouet de son kidnappeur, ce roman ne peut que faire résonner les angoisses de son lecteur.
Ces sujets difficiles sont traités avec une cruauté pas tout à fait dénuée de compassion, sans effet inutiles rajoutés. Et le fil rouge, celui de la douleur à jamais inscrite dans les chairs est dévoilé sans pudeur.
Nuits blanches en perspective pour les âmes trop sensibles.

Tag(s) : #critiques

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