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Brutale Patagonie

Il Reste la Poussière
Sandrine Collet
te
Denoël / Sueurs Froides 2016


Sandrine Collette, petit bout de femme blonde au sourire innocent cache de somptueux trésors de noirceur. Elle nous l’avait magistralement démontré avec Des Nœuds d’Acier, son premier roman. Les suivants, peut-être moins sauvages, étaient néanmoins… durs, comme ciselés au diamant dans la masse, et j’avais particulièrement apprécié Six Fourmis Blanches.
Avec Il reste la Poussière, on sombre dans l’obscurité la plus totale, la sauvagerie irrémédiable, la noirceur sans rédemption possible.
Patagonie : Rafael est le plus jeune d’une fratrie masculine brutale, sans pitié, sans affection, quatre garçons élevés par une femme dont le sourire et la tendresse n’ont jamais eu cours. Sur une terre pauvre, il faut s’échiner sans trêve ni repos pour tirer une maigre subsistance, quel que soit l’âge. Les soins aux bêtes, bœufs, moutons, chevaux, l’entretien des bâtiments, la récolte d’un pauvre foin, ces taches dures sont abattues sans un mot, sous la férule de la femme qui n’a que reproches et ordres à la bouche.
Rafael est le seul pour qui « sentiment » a peut être quelque signification. Il aime l’espace infini de la pampa. Il aime son cheval, son chien. Il aime les bêtes dont il s’occupe, il a le sentiment fort de la vie qu’il protège en les soignant.
Une vie quotidienne faite de dureté anime le roman de son rythme implacable. Il y a les choses à faire et l’on ne choisit pas le moment pour les faire. C’est la nature qui commande. Alors on se remet de cette obligation en buvant, en jouant aux cartes, et quand on n’a plus d’argent à jeter sur le tapis, on peut faire fi des liens du sang… Ce que fait la mère.
Ce manquement majeur va déclencher une cascade d’événements qui conduiront certains vers la mort, d’autres vers une improbable rédemption.
C’est le roman du vent impitoyable, de la réalité sans échappatoire et de la capacité de certains à tout ignorer de leur propre humanité.
Sandrine Collette, avec une belle maîtrise de l’ellipse, nous ramène aux racines des choses, à l’os des montagnes. Elle fait frémir d’horreur et dispense toutefois un peu d’espoir, comme un rayon de soleil glissant sous les nuages du crépuscule.
Un roman choral où la nature tient le premier rôle, sans âge tant il est universel. Une réussite impressionnante. Son écriture s’affirme à chaque roman, et je prends tous les paris : celui-ci va une fois de plus truster les sélections à tous les prix de l’année.

Tag(s) : #critiques

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