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Brillants arpèges

Concerto pour Quatre Mains
Paul Coli
ze
Fleuve Noir 2015

Jean Villemont est belge, avocat. Peut-être pas le meilleur de sa génération, ni le plus riche ou le plus connu, mais sa réputation de sérieux au travail, d’intégrité, mais aussi d’humour et de fantaisie lui ont forgé une image dans laquelle il éprouve une certaine satisfaction à se reconnaitre. Par contre, ce bourreau de travail a perdu la femme qu’il aimait, partie roucouler avec un autre plus attentif, et peine à s’en remettre.
Une affaire, dit-il en entrée, n’est jamais jouée d’avance et réserve souvent des surprises. Ici, il aurait mieux valu pour Villemont qu’il ne s’attache pas aux incohérences d’un dossier parmi tant d’autres, car l’engrenage déclenché par sa curiosité va l’entrainer, loin, bien plus loin que prévu.
Ce personnage d’avocat célibataire par force est émouvant. Un homme perdu dont la routine tient lieu de sécurité affective, que les femmes présentées lors de diners mondains ne peuvent réconcilier avec la tristesse d’avoir perdu son amour de jeunesse. Etre intelligent, respecté n’est rien si l’on est seul et malheureux.
Parallèlement, on découvre la carrière de Franck Jammet, génie du cambriolage audacieux, pro du casse minutieux, voleur n’ayant jamais eu et ne voulant pour rien au monde, avoir du sang sur les mains.
La mise en regard de ces deux personnages remonte assez loin dans le temps, jusqu’aux origines de la carrière de Jammet, dans une course poursuite chronologique qui, on le devine, c’est inévitable, va rattraper le temps des chapitres Villemont. Là où le roman se gâte (un tout petit peu), c’est dans cette alternance un rien forcée entre le déroulement de l’affaire agitant Villemont et le passé. Car dans un cas on est dans la réalité sensible, dans l’autre on se trouve devant l’exposé d’affaires audacieuses, laissant moins de place à l’intime de la personne. On perd alors quelque chose du tableau esquissé dans l’autre partie. Une construction plus ramassée aurait sans doute épargné au lecteur ce contre-pied perturbant.
Comment ces hommes vont se trouver confrontés, pourquoi, est la question qui porte le lecteur dans ce va et vient incessant entre les temps et les héros différents.
C’est dans les dernières pages que le titre se révèle, dans un beau dévoilement qui ramène pour le coup au côté humain, sensible du Lupin belge.
Montage et écriture brillant, sophistiqués, peut-être un petit peu trop, mais roman de très bonne facture. Paul Colize se confirme comme acteur solide du genre.

Tag(s) : #critiques

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