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Trouducudumonde Ville

Viens avec moi
Castle Freeman J
r. traduit par Fabrice Pointeau
Sonatine Editions 2016


De tout le roman, on ne va pas apprendre grand-chose de Blackway. Personnage mythique, incarnation du mal dans son coin oublié du fin fond du Vermont, il incarne juste l’idée, le personnage de l’Ogre.
Qui est-il ? Peu importe. On en apprend juste assez à son propos pour n’avoir aucune envie de faire sa connaissance. Sa réputation est telle qu’il n’a guère besoin de bouger davantage que le petit doigt pour inspirer la terreur et faire obéir les habitants de Trouducudumonde Ville. Tous, mais pas Lillian. Pourquoi donc, cette fille venue d’ailleurs, voyant son petit copain local fondre de trouille au point de disparaitre dans la nature en l’abandonnant, va-t-elle résister ? La réponse est sans doute contenue dans la question. Venue d’ailleurs, elle n’a pas eu le temps de complètement intégrer la dangerosité du bonhomme. Au point de la sous-estimer ? Peut-être bien.
Seule elle n’arriverait à rien. Elle le sait. Le sheriff, s’avouant impuissant (un égorgement de chat n’étant pas suffisant pour envoyer la cavalerie), va adresser la citadine à un groupe de marginaux, téteurs de bière à longueur de journées, vétérans amochés, idiots congénitaux et baraqués de foire. Deux d’entre eux vont accompagner Lillian, avec les avertissements d’usage. S’engager contre Blackway imposera d’aller jusqu’au bout.
L’histoire en soi n’est pas palpitante. Les héros ne sauvent pas le monde. Le compte à rebours n’est pas enclenché pour quelques heures qui changeront la destinée de l’humanité. On patauge dans les flaques, on crapahute en forêt, on se regarde en chien de faïence en suçant le goulot de sa bouteille.
Viens avec moi… Ceux qui font cette invite à Lillian n’ont a priori aucune chance de régler son problème. C’est une évidence mais elle-même ne voit guère comment s’y prendre sans aide.
Le sel est dans l’incroyable façon de mener les dialogues, dont les non dits arrivent à s’entendre. Le fait est ! Ce sont eux qui soutiennent toute l’intrigue, formant le chœur antique, qui, commentant l’action, délivre l’information au compte-gouttes et dans cette action au ralenti, arrivent à instiller un suspens certain.
Un roman remarquable grâce à cette construction, et quelque part revigorant. On peut être vieux, bête, moche, ou jeune et inconsciente des réalités de la vie, on peut s’en tirer contre les méchants. Du moins on peut essayer d’y croire.
Viens avec Moi est le premier roman en France de cet auteur, on attend maintenant les autres.
Avec curiosité et plaisir anticipé.

Tag(s) : #critiques

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