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Apres Cévennes, âpres cévennols

Grossir le ciel
Franck Bouys
se
La Manufacture de Livres 2015

Gus habite seul une ferme assez misérable quelque part au cœur des Cévennes. La seule affection qu’il ait jamais reçue lui est venue de sa grand-mère. L’hiver est rude. La solitude règne sans partage. Sans doute est-ce la raison pour laquelle Gus est tellement attaché à son chien. Bien que fruste, il n’en est pas moins traversé par des questions sur sa nature d’homme, sur le pourquoi des choses. L’agitent ainsi des réflexions sur l’inanité des vieilles haines de voisinage. Il a su se faire un ami, Armand. Un voisin, fermier comme lui : quelques bêtes, des bois, un peu de culture. De quoi vivre. Survivre. Aller une fois par semaine au village en tracteur pour y acheter l’essentiel.

La mort de l’Abbé Pierre soutient de manière étonnante et habile à la fois tout le roman. La solitude quasi totale de ces fermiers n’est rompue que par leurs rares échanges, et par les nouvelles du monde, d’un monde qui leur parle peu, au travers de la télévision quand la météo ne la brouille pas. Un monde qui n’existe pas pour eux, comme eux n’existent pas pour lui et dont l’irruption sera synonyme de chaos et de destruction.

L’angoisse est distillée avec une habileté incroyable. Un vol de grives, un cri, une détonation au loin. Une tache de sang sur la neige. Gus abandonne une quiétude faite d’habitudes de travail, plonge dans l’agitation, l’angoisse, l’inconnu. Et les réminiscences. Car c’est là que le roman atteint sa dimension exceptionnelle : dans l’habileté à instaurer un climat affectif et moral par toutes petites révélations épouvantables.

Dans un style sans aucune emphase, avec une grande économie de mots très poétique, Franck Bouysse sait célébrer la beauté de la nature hivernale sans en ignorer la sauvagerie.
Le présent n’est fait que du tissu éraillé du passé, et les secrets finissent toujours par ressortir, souvent trop tard pour servir. Et souvent assez violemment pour tout détruire.

Il y a une parenté avec des Nœuds d’Acier de Sandrine Collette dans la description d’une paysannerie rude. Pas de concession, aucune facilité.
Voici un roman fort, âpre, qui laisse son lecteur sous influence pendant des jours.

Tag(s) : #critiques

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