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Il n'y a jamais eu d'Age d'Or

De si parfaites épouses
Lori R
oy traduite par Valérie Bourgeois
éditions du Masque 2015

Détroit, Michigan, année 50. Les dames font leurs carreaux avec des journaux et du vinaigre. Elles échangent des recettes de cookies pour la vente de charité. Elles vont en ville en bus, sans oublier leurs gants de coton blanc. Les maris rentrent à la maison vers 17 h 00. Chacun sait tout de ses voisins, sans jamais avouer qu’il les surveille. Le poids du contrôle social est écrasant. Et tous regardent de travers les noirs de la cité voisine. Chez eux, pas de ça… S’ils commencent à s’installer dans les bons quartiers, il faudra déménager.
La pauvre Elizabeth vit seule à présent avec son vieux papa que les voisines maternent, petits plats, lessive, ménage, depuis qu’il a perdu sa femme. Vivre avec une fille handicapée mentale dépasse le pauvre homme, alors on le soutient. Puis Elizabeth, un jour, disparaît. Toute la communauté s’émeut et part à sa recherche. C’est sans doute un coup de ces hommes noirs qui narguent les blancs en traînant le soir dans les ruelles derrière les maisons.
Il y a de « La couleur des sentiments » (Kathryn Stockett ) dans ce roman. Les communautés incompatibles, la douleur des uns et des autres, l’incompréhension. Les dames y sont dominées par le poids des apparences, terrifiées à l’idée que « ça » (peu importe, quoi, un secret, une trahison, une douleur) se sache.
Ce roman dissimule plus qu’il ne montre, mettant en perpétuel porte à faux le lecteur qui doit faire son propre chemin au travers du regard des femmes, des jeunes filles, des maris, et tenter de construire ainsi l’image globale du contexte. Celui-ci fait froid dans le dos. Quoi qu’on dise de nos sociétés aujourd’hui, elles ont quand même évolué.
Dans De si Parfaites Épouses, les pathologies se cachent sous la normalité et il faut des enfants pour briser les apparences.

Roman du non dit savant, des inductions subreptices, peinture sociale, suspens… De si Parfaites Épouses est un roman d’une rare réussite, par sa subtilité, sa cruauté, sa nostalgie. Non, il n’y a pas eu de bon temps…

Tag(s) : #critiques

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