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De mort et d'Espoir

Une terre d’ombre
Ron Ra
sh
Seuil 2014

Si ce roman ne peut être qualifié de « polar » en tant que tel, c’est néanmoins un très grand et très beau roman noir.
1918. Nous sommes dans les Appalaches. Au-delà de la ville, dans un profond vallon encaissé et difficilement atteignable, vivent Laurel et son frère Hank. La guerre a drainé les jeunes gens, prélevant son lot de mort. Hank en est revenu, une main en moins. Les parents sont morts autrefois, l’une de tétanos, l’autre de faiblesse cardiaque. Il n’en faut pas plus pour que les bonnes âmes de la ville crachent sur le passage de Laurel. Sa large tache de naissance, couvrant le cou et l’épaule, n’est-elle pas le signe du diable ? C’est une sorcière et à l’entrée de la passe étroite qui ouvre sur le vallon perpétuellement dans l’ombre, des gris-gris défendent les braves gens de la contagion du malheur.
Seul ami de la fratrie, un vieil ouvrier agricole les aident pour remettre la ferme en état. Hank a en effet le projet de se marier et il faut faire bonne figure.
Laurel, cœur sensible, éprise de beauté, intelligente, souffre de cet abandon et de cette solitude. Le jour où elle découvre dans les bois un étrange fugitif jouant de la flûte, sa vie bascule. Quelques notes de musique vont semer une intense perturbation dans le monde étroit qui est celui des protagonistes. Etroit d’esprit, étroit dans ses perspectives et ses attentes.
Il y a, qui ravissent le lecteur sensible, une peinture extrêmement subtile et précise à la fois de la nature, de ce qu’est une vie de solitude à dialoguer avec la lumière, l’odeur d’humidité, le froid du givre, et la poussière de l’été.
On savait Ron Rash chantre exceptionnel des forêts et des plaines de sa Caroline natale. Mais dans Serena (je vous recommande d’éviter le film qui en a été tiré si vous avez aimé le roman) , les personnages étaient empreints d’une sauvagerie impitoyable, rendant plus touchantes leurs rares traces d’humanité. Ici, tout est humanité, exceptés quelques exemples, inévitables dans la vie, de bêtise crasse. Le destin qui se cache sous l’écorce des pins ponderosa ne fera de cadeau à personne, sauf peut-être au survivant de cette terrible histoire, qui y gagne la magie d’un cœur blessé à tout jamais.
Et vous apprendrez avec stupeur, dans les dernières pages, la signification des toutes premières qui tout au long vous auront tenus en haleine. À qui appartenait ce crane ?
Un beau, un grand roman, très noir, et pourtant, pas tout à fait dénué d’espoir.

Tag(s) : #critiques

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