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La Peste soit de ces eleveurs de porcs

Ce que vit le rouge-gorge
Laurence Biberfe
ld
éditions Au-Delà du Raisonnable 2015

On connait le talent de Laurence Biberfeld pour les ambiances, les personnages, les dialogues. Elle s’est ici surpassée.
Car, intercalée entre des scènes qui progressent vers une fin mortifère, toute une vie animale s’exprime : les chats, rats, oiseaux, serpents, qui mènent leur vie parallèlement à la nôtre, expriment combien celle-ci leur parait dénuée de toute raison.
Mais venons-en à l’histoire : Garance, cinquante-six ans, taularde sortie depuis peu de prison, est embauchée comme femme à tout faire par une famille d’éleveurs de porcs. Pour permettre à monsieur de trimer, à madame d’assurer l’administration de ce qui s’apparente à une usine de taille respectable, Garance prend en charge le ménage, la cuisine, les soins aux enfants.
Mais que nous raconte réellement Laurence Biberfeld ? Pas vraiment les raisons profondes de la présence de l’ex taularde dans l’élevage. Ni même, on le voit venir de loin, le destin qu’a rencontré une certaine Sophie, disparue un beau jour après avoir travaillé sur l’exploitation qu’elle a quittée sans crier gare.
La vraie tension m’a paru se trouver dans la peinture de la réalité des élevages porcins dont l’actualité parle tant. Et soudain, les pauvres éleveurs paraissent beaucoup moins sympathiques, et puis, les pages se déroulant, l’auteur vous secoue, vous alpague.
Elle est où ta responsabilité ami lecteur ? Qu’est-ce que tu cautionnes en achetant ta barbaque au supermarché? Sais tu seulement ce que tu achètes ?
Sans sentimentalisme, sans concession non plus vis-à-vis de tous ses personnages, humains, non humains, de ce roman, Laurence Biberfeld interpelle son lecteur au travers des gazouillis, sifflements, grognements, miaulements, aboiements et autres cris qui scandent son roman. Elle se fait aussi chantre de la liberté : celle dont on a privé Garance pour un acte abominable, celle dont on prive les animaux pour nos besoins, celle enfin, dont la société toute entière est finalement privée, les hommes ayant oublié qu’elle leur est aussi nécessaire, plus nécessaire, qu’une côtelette de plus dans leur assiette.

Tag(s) : #critiques

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