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Police anti-parvenus ?

Police du Peuple
Norman Spinr
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Fayard 2014

Étrange roman, entre descriptions d’une corruption généralisée à la Nouvelle Orléans et évocation vaudoues.

Katrina est passée. Une saison des ouragans dévastatrice, qui a fait fuir les touristes, vaches à lait du commerce local, mettant à mal les finances de chacun.

On saisit à tout va. Maisons, hôtels, commerces, bordels… Les lézards de la finance ont lâché un monstre affamé qu’ils n’arrivent plus à freiner. Ironie des ironies noires, un jour, Luke, flic issu des marais aux alligators (sur deux pattes) reçoit l’ordre de saisir… sa propre maison. Son cas, habilement monté en épingle, va faire les beaux jours de la télé. Car les gros bonnets, voire, les très gros bonnets, ont intérêt à agiter les esprits, et pour certains, à hâter le retour du carnaval. Il faut faire couler la bière, marcher l’hôtellerie, ramener des clients aux prostitués.

Ils vont arriver au-delà de leurs espoirs à re-créer un festival fou, unique, une manifestation qui s’attire les foudres des contrées bien pensantes du Nord : fornication, drogue, alcool, le carnaval de toutes les transgressions ne peut être supporté. Mais voilà, après les élections, qui se trouve élue gouverneure ? Mama Legba et les innombrables esprits vaudous qui peuplent son étrange personnalité.
L’écriture de Norman Spinrad n’est pas pour rien dans la réussite de ce roman étrange, entre polar et roman noir, fantastique et roman social. L’usage de l’italique qui signale l’intrigant qui déboule, l’impossible qui s’installe. Et si les esprits pouvaient vraiment tenir les ouragans à distance ? Et si tout était écrit ? Et si les perdants n’avaient aucune chance de faire tourner leur fortune ?
Le ton de Spinrad est réellement personnel. Le rythme de son écriture, sa façon personnelle d’instiller le doute en utilisant un futur antérieur vous titillent singulièrement les neurones… Spinrad installe à tout le moins une perception d’une Nouvelle Orleans (qu’il appelle la Grosse Facile) très loin des clichés des offices du tourisme.
Et la question demeure : qu’y a-t-il de juste, de vrai dans tout ça ?

Tag(s) : #critiques

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