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Mon amour, mon amour...

Ravensbrück mon amour
Stanislas Petr
osky
L’Atelier Mosesu 2015

« Je m’appelle Gunther Frazentich. »

Ainsi commence le roman. Il n’y aura quasiment plus de nom ensuite. Car Gunther va se trouver, à vingt ans tout juste, jeté dans le chaudron d’un camp de concentration. Et les noms n’y ont pas leur place. Il va d’abord y porter le costume de gardien, ce qui lui permet d’échapper à l’envoi sur un front quelconque de l’armée nazi, puis l’habit de prisonnier, pour n’avoir pas montré assez de zèle dans les mauvais traitements infligés aux prisonnières. Car Ravensbrüch, on s’en souvient, est essentiellement un camp féminin.

Gunther, toutefois, s’il est mauvais gardien, est bon dessinateur. Ce qui lui a valu l’animosité d’un père paysan qui ne voulait pas d’un feignant d’artiste comme fils, lui sauve la vie au camp. Cela sauve sa peau, ou à peu près, mais pas son esprit, dévasté par sa propre lâcheté. Tout ce à quoi il assiste ronge son âme d’un acide irréparable.

Et puis un jour, voici Edna. Dans un convoi, parmi les autres femmes, apparaît celle dont il sait immédiatement qu’elle est la femme de sa vie .

L’amour dans un camp de concentration ? Peu crédible ? Pourtant si, raconté par Petrosky. Certes, ne vous attendez pas à des violons et des dîners romantiques. Mais le regard qu’on croise, la silhouette qu’on cherche, le formidable élan que vous donnent ces retrouvailles avec l’humanité, oui, on y croit. On veut y croire.
Les histoires d’amour finissent parfois bien, le plus souvent mal, et on devine bien qu’il n’y aura aucune issue pour ces deux là, autre que la fumée des fours crématoires.

Le propos essentiel de ce roman dont certaines pages sont difficilement soutenables n’est pas tant la description du camp que cette interrogation. Tous les gardiens n’étaient pas des brutes sanguinaires, des sadiques patentés. Qu’est-ce qui les a arrêtés de se jeter sur les nazis en nombre inférieur ?

Petrosky existe-t-il ou n’est-il que le pseudo d’un homme qui se refuse à oublier et qui ne veut pas qu’oublient les autres ? Peu importe, cette piqûre de rappel, douloureuse, est salutaire.

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