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Flamme irresistible

Papillon de Nuit
RJ Ello
ry traduit par Fabrice Pointeau
Sonatine 2015/

Pourquoi Sonatine « + » ? François Verdoux et Arnaud Hofmarcher s’en explique à la fin du volume. Leur idée est de donner une nouvelle chance à des textes anciens, inédits ou déjà parus et n’ayant pas rencontré le succès mérité selon eux.
Ce « Papillon de Nuit » méritait toute leur attention, et le mettre à la disposition des lecteurs français était une sacrée bonne idée.
On ne présente plus RJ Ellory : sept romans traduits en France, un regard souvent original, une écriture estimable.
Pourquoi ce titre ? Le papillon de nuit est une bestiole asse peu sympathique : malhabile, velue, qui vient perturber nos soirées d’été. C’est Eve Chantry, personnage attachant du roman qui l’explique au jeune héros, Daniel Ford. Le papillon de nuit veut si fort la lumière, dans sa recherche d’une illusoire beauté comparable à son homologue de jour, qu’il finit par en mourir à trop approcher la flamme.
Ainsi en va-t-il d’une certaine manière de Daniel. Enfermé dans le couloir de la mort, à quelques semaines de son exécution, il revisite son histoire, depuis l’enfance, avec un prêtre étrange qui vient le voir chaque jour depuis que la date de sa fin est fixée.
Enfant dans les années soixante, Daniel, enfant unique, a eu comme frère de cœur Nathan Verney, ami indéfectible, avec lequel il a commis des bêtises inoubliables, partagé les émois de l’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte. Mais voilà, Nathan est noir. Au moment de la lutte pour les droits civiques, ce n’est pas innocent. Et puis les années passent et survient la guerre du Vietnam qui va peser du poids de tous ses morts sur la vie des deux jeunes gens dans l’attente de leur avis d’incorporation.

Quand on comprend que Daniel est condamné à mort pour le meurtre de ce frère choisi, le suspens intelligent réside alors dans la révélation progressive de ce qui a pu amener à ce meurtre. Car si Daniel ne s’est pas vraiment défendu de l’avoir tué, c’est qu’il se sent responsable de la mort de son ami. La proximité de l’exécution va tout remettre en cause quand le condamné se réveille soudain et refuse la mort.

RJ Ellory construit ce premier roman avec beaucoup de mesure, alternant présent et passé, point de vue personnel et considérations politiques émergeant du discours d’un prisonnier étrange… La mort de JFK, le Watergate, le KKK… Car aucune histoire personnelle n’échappe à celle de son époque et de son pays.

Je ne puis mieux comparer ce roman qu’avec les fresques de son presque homonyme, Ellroy, n’en déplaise aux puristes intransigeants. L’inclusion de l’aventure individuelle de Daniel dans les complots de la CIA se fait de manière soft et très convaincante, sans pour autant se transformer en étouffoir d’une théorie indigeste.
Ce roman reste une très belle œuvre, teintée de mélancolie et d’infinie tendresse pour le genre humain, à l’exception claire d’un gardien de prison ignoble.

Tag(s) : #critiques

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