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Miaou ?

À mort le chat
Jérémy Bouqu
in
Éditions Lajouanie 2015

Les amoureux des animaux domestiques vous diront qu’il ne manque que la parole à leur Médor bien-aimé ou à leur Mistigri chéri. Jarring (pas de prénom, pour quoi faire, il ne vous écoutera pas si vous lui parlez, à moins que vous ne lui soyez utile à quelque chose) les tue dès qu’ils lui parlent. Car les chats lui parlent… à lui, qui voudrait qu’ils se taisent. Dès que ses chats atteignent l’âge adulte, ils se transforment en conscience parlante, le harcelant de reproches. Qu’ils le fassent avec la voix de son père décédé intéresse beaucoup le psy de Jarring, homme moderne végétarien, lobbyiste, futile et paranoïaque, probablement assez gravement schizophrène, de plus totalement dénué d’empathie. Héros peu sympathique…
L’histoire, un road-book (comme on dirait un road movie) perd rapidement son intention initiale et se perd dans le dédale de la folie de son héros. On se fiche finalement éperdument de savoir s’il transigera sur ses rares principes pour créer, via son agence de com’ et une campagne dédiée, l’adhésion du public à la commercialisation de produits labellisés 100% OGM.
Après cette phrase d’entame originale : « Aujourd’hui, j’ai tué mon chat ! Yeah !»… on suit Jarring dans ses rendez vous professionnels, faits d’esbroufe, de provocation, d’agressivité, auxquels il ne se rend pas sans avoir fumé ou pris des cachetons ou sniffé… le plus souvent les trois cumulés. Toute sa philosophie d’existence, s’il en a une, ce qui n’est pas certain, se résume ainsi : « Le monde est absurde, nécessairement, la vie ensemble est absurde, l’intelligence de l’homme est débile ».
Il y a du Bret Easton Ellis dans le personnage de Jarring : son égotisme absolu, sa dérive, ses tentations de meurtre de masse…
Le roman est servi par une écriture rapide, heurtée, qui vous empoigne, refuse de vous lâcher, vous secoue comme un prunier, vous traine de force d’abjections en cynisme total, de dérision salvatrice en folie pitoyable, le tout sauvé par un humour féroce.
Jean-Charles Lajouanie ne s’est pas trompé en éditant Jérémy Bouquin. Ses textes précédents récemment parus chez Ska par exemple, annonçaient déjà une plume profondément originale, à des années lumières des conventions.
Alors, amoureux des chats n’hésitez pas, car qui sait si le félin n’aura pas le « dernier mot ».

Tag(s) : #critiques

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