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Mickey le poissard

Petit Joueur
Jason Sta
rr traduit par Frédéric Brument
Denoël / Sueurs Froides 2015


Mickey, vous en conviendrez, c’est un prénom rigolo ; on pense à un enfant joueur, un farceur joyeux de vivre. C’est tout le contraire, et Starr nous joue sa première mauvaise farce avec ce prénom à la noix. Car, si cela peut passer à la rigueur pour un gamin, comment le porter arrivé à l’âge adulte ? Il y a de quoi vous aigrir le caractère.
Mickey mène une vie de chien. Il économise sous à sou depuis l’enfance pour aller à l’université, un jour. Il le veut, il le faut. Pour l’instant, tout en surveillant son père atteint d’Alzheimer, qui s’il a perdu la mémoire n’a pas perdu son caractère désagréable, Mickey travaille chez un poissonnier. Boulot puant et déprimant. Patron bête et méchant.
Une vie pourrie. Sans joie, sans guère d’espoir, sans amour aussi.
Mickey-il plus crédule que la moyenne ? Plus stupide ? Non, pas du tout, c’est même le contraire, c’est plutôt un bon gars Mais dans son existence, rien ne le sert. Et ce jeune-homme en définitive assez insignifiant est doté d’une poisse, d’une malchance, d’une scoumoune à toute épreuve qui le sort du lot. Le roman tout entier est en effet un toboggan qui le jette à chaque fois dans pire que ce qui précédait. Quoique… on découvrira en définitive que ce qu’il prend lui-même pour le destin peut se révéler… je ne spoile pas…

Depuis Patricia Highsmith, j’ai rarement rencontré roman qui mette aussi mal à l’aise, exploitant la poisse comme ressort imparable. On a envie de prendre le héros, de le secouer, de le remettre sur les rails, qu’il arrête enfin de faire systématiquement le mauvais choix. Mais non. Rien ne lui est, rien ne nous sera épargné.
Si ce gars là trouvait le billet du gros lot, la maison brulerait avant qu’il ne soit allé le déposer… La fin éclaire un petit peu le reste du roman dont le noir finit teinté d’un peu de gris. Et nous offre enfin un peu d’oxygène.

Dans une Amérique crépusculaire, celle des petites gens solitaires qui vivotent, se nourrissant de junk food : pizza en carton, doughnuts et pilon de poulets frits, nous est confirmé que l’enfer c’est les autres. Il faut reconnaître un mérite absolu à ce roman : il nous requinque. Finalement, tout ne va pas si mal dans nos vies quand on se compare à Mickey.

Tag(s) : #critiques

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