Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Femme perdue

Antonia
Gildas Girod
eau
Éditions au-delà du raisonnable 2015

Ah, Monsieur Gildas, merci, merci.
Il faut un sacré talent pour ranimer la mémoire du lecteur et redonner vie à des événements pas si anciens, mais déjà étouffés par le flot continu d’une actualité toujours plus profuse.

Mais Gildas Girodeau ne l’entend pas de cette oreille. Vous n’oublierez pas, il vous le rend impossible, la douloureuse situation de bien des jeunes Italiens. Ayant choisi la lutte politique certains ont sombré, sans le vouloir vraiment, dans la lutte armée.
Antonia fait partie de ceux-là. Surnommée « La Pistolera », athée, très engagée politiquement, son réseau étant démantelé par la police, elle est amenée à fuir l’Italie et les années de plomb. C’est une congrégation religieuse qui l’accueille, grâce à l’entremise d’un cousin, amour d’enfance, devenu éminence grise au Vatican, chargé de la diplomatie et engagé auprès de la théologie de la libération en Amérique du Sud .
Dans un premier temps, quittant la violence dialectique et physique de la politique, Antonia va se retrouver en Érythrée et en Somalie, alphabétisant les femmes, enseignant les enfants. Mais Antonia n’est pas née pour la paix. Le conflit armé qui naît entraîne les habituelles exactions, la congrégation est obligée de fuir, et le maniement des armes que la jeune femme n’a pas oublié va lui être utile. Alors elle part vers le Rwanda. Terre de paix… jusqu’en 92.
La guerre est partout en Afrique. Comme une maladie endémique, un virus contre lequel on ne peut rien sauf se désespérer. Ou bien ?
Faut-il ignorer que la guerre est parfois un moyen bien commode pour les pays occidentaux qui n’hésitent pas à transposer sur le continent africain des rivalités économiques et politiques nées ailleurs ?
Antonia le sait bien, mais ce n’est pas cela qui va l’arrêter.


Au travers du portrait d’une femme sensible, courageuse, avec ses failles et ses doutes, ce roman nous promène dans trente ans d’histoire du monde.
Bien sûr, on sait. On a lu, entendu, puis oublié bien des choses. Mais Gildas Girodeau ne veut pas qu’on oublie. Et son Antonia, si attachante, ne se laissera pas oublier de sitôt !
Si vous vous posiez la question des liens entre romans et réflexions, histoire et fictions, celui-ci est fait pour vous. Vous en sortirez ému et plus intelligent.

Au fait, ne vient-on pas de déclassifier des documents liés à la présence de la France au Rwanda ? En lisant entre les lignes, les historiens y verront sans doute Antonia et son combat, sa douleur, sa folie d’humanité.

Tag(s) : #critiques

Partager cet article

Repost 0