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Défaites à Victory

Exécutions à Victory
S. Craig Zahl
er traduit par Sophie Aslanides
Gallmeister 2015

Ne cherchez pas « Victory – Missouri » sur une carte des États-unis. Vous ne trouverez pas. L’affaire que nous conte Zahler pourrait tout aussi bien se dérouler à Sarajevo ou Zagreb, après la guerre. Juste après. Quand des ombres habitent des ruines et quand la police n’a pas vraiment d’existence pour toute une partie de la population. La périphérie y est absolument glauque, le centre ville à peine moins.
Notre héros est noir : si noir « qu’il en paraît violet ». Obligé de quitter l’Arizona après une gaffe presque drôle (presque, car la victime en est morte) Jules Bettinger se coltine le froid terrible du Missouri.
Sa mutation sanction va à jamais transformer sa vie. Ce roman est bien sûr un roman de suspens, un thriller avec une enquête bien menée, des moments intenses, des portraits de personnages haut en couleur. Mais, c’est surtout le roman d’une transformation. Bettinger ne repartira pas de Victory comme il y est arrivé. Ses convictions, ses partis pris, ses comportements auront définitivement subi de profondes mutations. Sa façon de voir le monde aussi.
Ce qu’il est et qu’il restera, c’est un bon flic, doté d’un sens aigu de l’observation, d’une connaissance approfondie des saloperies de l’âme humaine. Pas d’intuition magique. Pas d’alcoolisme chronique, de désespoir existentialiste. Bettinger est un mari heureux, un père attentif, un bon citoyen qui, à moins qu’on ne l’y pousse, respecte même les limitations de vitesse.
Seulement voilà : à Victory rien n’est comme ailleurs, et Bettinger va se retrouver, au cours d’une enquête qui vire au cauchemar pour les flics, poussé dans ses retranchements les plus extrêmes.

L’Amérique que dépeint Zahler ne fait pas envie. Les pauvres y sont noirs, essentiellement, mais pas seulement. Les chefs, qu’ils soient dans l’administration ou chez les délinquants, règnent en tyrans absolus. Et puis c’est l’hiver, et il fait froid, froid, froid à perdre des orteils. Zahler, en tout cas, remporte une palme convoitée : celle du renouvellement. Car sur les bases classiques du thriller exposées plus haut, il mène vraiment sur des sentiers inattendus et cela fait du bien, même si ceux-ci sont très sombres.

Une lecture rafraîchissante, sur le plan de la météo, brûlante pour l’action, et intrigante : vivement qu’on nous traduise autre chose de Zahler. Est-il toujours aussi pessimiste ?

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