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Un roman "canada dry"

L’Archange du Chaos
Dominique Sylva
in
Viviane Hamy 2015

Oh, un serial killer ! Ah, une histoire biblique ! Ça y est, je vous ai plombé le moral. Eh bien vous auriez tort. Ne vous détournez pas, dégouté par avance de tous les galimatias pseudo ésotériques que vous ont infligés trop d’auteur médiocre. Vous auriez vraiment tort…
On est au « 36 » avec une équipe qui, sans collectionner les bras cassés, n’est pas non plus flambarde. Une équipe réduite, des personnels fatigués, usés par la médiocrité de leurs contemporains et des difficultés de leur propre vie. Car chacun traine ses gamelles, inévitablement. Non, ne refaites pas cette moue dégoûtée : le chef de groupe n’est pas alcoolo-dépressif, sa famille n’a pas été dépecée par un cinglé sanguinaire.
Chez Dominique Sylvain on est plus subtil, plus humain, plus délicat et plus efficace que cela.
Le commissaire est une femme. Elle a des liens anciens avec la nouvelle recrue féminine de l’équipe, lien qui valent à la recrue en question d’être reçue avec méfiance par les autres membres du groupe. Une femme est assassinée, retrouvée dans une cave après des mauvais traitements mais, autre différence avec les seriolniaiseries bas de gamme, sans sévices sexuels.
La police trouve chez la victime un poème (aïe, mais non, pas aïe, attendez) plus ou moins biblique.
Dans ce roman, on se veut dans une réalité parisienne presque vraie. Presque, car il y règne une atmosphère légèrement décalée donnant à l’intrigue comme une teinte sépia sur les bordures. La distribution (comme on le dirait d’un film) est intelligente. Les personnages vous deviennent vite familiers, les dialogues sont fins, les relations riches et variées baignant dans beaucoup de subtilité. Il fallait bien tout ça pour éviter les écueils accumulés entre femmes torturées et sentences bibliques. Tout ce qui fait normalement fuir n’importe quel aficionado du noir un tantinet sérieux, gavé qu’il en a été aussi bien dans la littérature qu’au cinéma.

Dominique Sylvain en renonçant à son duo Lola Jost-Ingrid Diesel qui s’essoufflait un peu, se renouvelle de belle manière et trouve même le moyen de faire du neuf avec une recette éculée. Son style s’est encore allégé, elle va finir par mériter le surnom de Madame Mine de Rien. Un soupçon de complicité avec son lecteur « Regarde ! Hop, je vais te surprendre » et ça marche au poil.
Faux roman de serial killer (le thème, la quatrième, et peut-être même un peu la musique) mais vrai thriller, et plaisir de lecture de qualité. Un roman Canada dry en quelque sorte. Parions qu’on va revoir revenir la jeune Franka Kehlmann, héroïne féminine de cet opus.
Dites Messieurs et Mesdames les libraires, n’oubliez pas les français(es) dans vos rayons, il y en a de drôlement bons.

Tag(s) : #critiques

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