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Sacrés Vieux !

Ne deviens jamais pauvre
Daniel Friedm
an traduit par Charles Recoursé
Sonatines 2015

On n’a pas oublié Baruch dit Buck Schatz, le héros inénarrable de « Ne deviens jamais vieux ». On l’avait abandonné à l’hôpital à la fin de sa précédente aventure, courser les méchants étant plus risqué encore quand on a besoin pour ça d’un déambulateur.
Buck n’en revient pas : entre deux séances de rééducation dans la résidence médicalisée où sa femme et lui ont dû venir s’installer, abandonnant leur maison, voici que débarque Elie. À peine plus jeune que Buck, Elie a su survivre tout jeune aux camps de concentration. Pour ça il a dû regarder mourir sa mère sans sourciller et laisser tuer tout son groupe afin de s’échapper. Un juif, donc, survivant de la Shoah, mas pas spécialement sympathique. Dans le temps jadis, il avait essayé de corrompre Buck. Or celui-ci a beau avoir toujours été brutal, sans aucun respect pour les suspects, s’arrogeant bien des droits dans sa lutte contre les méchants, il est resté financièrement honnête. Personne n’a jamais pu l’acheter. Ce qui ne veut pas dire, il le reconnait bien volontiers, qu’il ne se soit jamais sali les mains.
Buck convainc Elie de se livrer à la police : son vieil ennemi est menacé et ne se sent plus, à plus de quatre-vingts ans, de se défendre seul. Deux hommes de quatre-vingt ans et plus n’offrent pas une grande résistance à quelques jeunes mal intentionnés équipés d’armes de poing automatiques. Elie enlevé sous ses yeux, Buck va tenter de le retrouver, sachant qu’il y a forcément là une entourloupe, ce qui le met hors de lui.
Friedman monte son intrigue en flash back successifs, interrompus par le déroulement de l’enquête contemporaine. On découvre ainsi progressivement les racines de la vieille rancœur entre les deux hommes, on se retrouve avec deux suspens pour le prix d’un.
Le vieux Buck reste toujours aussi attachant : mauvais comme un âne, ne reculant devant aucune vacherie, touchant dans sa douleur d’avoir perdu un fils, dans sa maladresse à dire son attachement à sa femme.
Il est probable que ce charme trouverait ses limites sur un troisième opus. Il apparait en effet difficile de prolonger plus longtemps ce personnage provocateur sans risquer la redite. Ah, Buck, un délice : délibérément désagréable, rancunier, mal embouché. Cependant Friedman sait aussi lui donner une dimension universelle, et c’est un regard infiniment tendre qu’il pose sur l’humanité mise à mal par la vieillesse.
On rit, on soupire, on pense au passé et à l’avenir, Friedman joue sur les époques et les registres, et cet opus plus sombre que le précédent donne un regard aussi sur l’histoire. Si rien de tout ça n’est très gai, la façon de le raconter est juste dans le ton. L’humour (noir) sauve de tout.

Tag(s) : #critiques

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