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Eau de vie, eau de mort

Les enfants de l’Eau Noire
Joe R. Lansda
le traduit par Bernard Blanc
Denoël / Sueurs froides 2015

La Sabine cette « eau noire » coule du Texas aux bayous de la Louisiane. En 1930, un groupe d’adolescents amis comme on l’est à seize ans, à la vie à la mort, décide de fuir la misère et sans doute des risques bien pires. May Lin, leur amie, trop jolie, rêvant de fuir l’obscurité et la pauvreté en s’envolant vers le mirage de Hollywood a été retrouvée morte au fond de la rivière, les mains attachées.
Voilà un groupe de jeunes dont l’obsession va être d’emmener les cendres de leur copine vers le mirage rêvé. Seulement, sur leur chemin surgit bien mal à propos un magot, funeste trouvaille, comme ils s’en rendent compte rapidement. Le fait qu’une des trois jeunes soit noire n’est pas non plus pour rien dans la volonté de fuir leur milieu. En 1930 (en est-il complètement autrement aujourd’hui au fin fond du Texas ?) être amie avec quelqu’un de l’autre communauté n’est pas bien vu. Si l’on ajoute que le troisième membre de l’équipée est homosexuel, on comprend qu’ils aient bien du mal à survivre face aux adultes horribles, bêtes, méchants, alcooliques, violents… du moins en ce qui concerne les hommes. Les femmes sont seulement absentes, soumises, malades de solitude et de tristesse.
Chacun chemine : ensemble et dans sa tête, dans un voyage initiatique sur une barge décrochée de la rive. La Sabine, « source » de vie se révèle assez rapidement noire : noire comme le danger, comme les rapides, comme les tempêtes et comme ceux qui poursuivent le magot et une vengeance amère.
Le style est d’une celui d’une narration intérieure d’une rare énergie. L’héroïne, Sue Ellen, seize ans, brave le désespoir et une situation familiale hallucinante de noirceur grâce à un humour vigoureux. Et les méchants sont brossés sous des dehors quasi mythiques.
L’écriture de Joe Lansdale traduit parfaitement ce moment de la vie des jeunes, en cours d’affirmation, à cheval sur les mondes de l’enfance et de l’âge adulte. Tout juste indépendants, juste assez pour gérer une fugue terrible qui va s’avérer finalement mortelle pour certains, les dangers n’étant pas tous liés à la rivière qui révèle aussi des dangers imprévus.
Roman noir qui passe en revue les pires des aspects de l’humanité et de la nature, la vivacité des portraits brossés sait aussi révéler une belle luminosité.
Roman initiatique, roman d’aventure, roman à suspens, roman noir, roman de nature, aussi, Lansdale a commis là une grande réussite.

Tag(s) : #critiques

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