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Crépusculaire

Les Arpenteurs
Kim Zup
an traduit par Laura Derajinski
Gallmeister 2014 (à paraître le 31 décembre)

Valentine Millimaki, américain d’origine suédoise, exerce du mieux qu’il le peut son métier d’adjoint du sheriff quelque part dans le Montana.
Il a une spécialité : accompagné de son chien Tom, Val recherche les personnes disparues : dans les bois comme dans les plaines immenses couvertes de blé, sous la violence du soleil dans le désert, dans la montagne et sous la neige en hiver. Le Montana, c’est grand. On peut disparaître parce qu’on s’est perdu, par ce qu’on l’a voulu, parce que la vieillesse vous a brouillé l’esprit ou que la tristesse vous fait fuir les autres.
Valentine Millimaki, hanté par tous ces morts qu’il rend aux leurs, voudrait ardemment les retrouver en vie. Il voudrait aussi que sa femme l’aime comme au premier jour. Qu’elle apprécie encore, comme lui, le fait de vivre loin de tout dans une petite maison de bois à l’orée d’une forêt. Mais tout change. L’amour s’enfuit, le sommeil le suit, livrant l’homme à ses tourments. À ses souvenirs.

Un autre insomniaque, c’est John Gload, vieil homme arrêté après une longue carrière de criminel solitaire. Val le garde, la nuit, le conduit parfois au tribunal le jour. Et pour la première fois, le vieil homme va se livrer à un policier. Oh, pas tout de suite, ni complètement. Car ces deux hommes sont des bêtes solitaires à l’âme douloureuse, et l’accoutumance réciproque est laborieuse.
Crépusculaire, ce roman, car la distance que met la souffrance entre les hommes est parfaitement traduite. Crépusculaire parce que ceux qui meurent le font dans un silence solitaire.
Kim Zupan livre ici, dans ce premier roman, un regard d’un pessimiste parfaitement noir sur la condition humaine. Pourtant, la beauté y règne, en dépit, peut-être, de sa volonté, dans la peinture d’une nature apparemment hors de toute atteinte.
Un roman en tous points remarquables : personnages fouillés ou dépeints en quelques mots efficaces, descriptions sensibles d’une nature indifférente, écriture dénuée de toute tentative d’effet de manche, sobre, comme retranchée derrière une infinie pudeur. Exceptionnelle de simplicité.

Kim Zupan est un homme qui connait la douleur et sait en parler remarquablement.

Tag(s) : #critiques

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