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Une équation sous le soleil de la Havane

La Havane Année Zéro
Karla Suár
ez traduite par François Gaudry
Métailié 2014


L’année zéro de la Havane, pour l’héroïne du roman, c’est une année de bascule, quatre ans après la disparition du mur de Berlin. Réduite à ses seules ressources, l’île végète, au bord de la famine. On ne trouve plus rien dans les magasins, et même le rhum se fait rare. Pour se nourrir, il vaut mieux disposer de dollars, ce qui est évidemment impossible aux simples quidams.

La profession de Julia : prof de maths dans un lycée, ne permet certainement pas de disposer de la monnaie magique. Ni d’avoir son propre logement, et il vaut mieux non plus qu’elle ne compte pas trop sur l’eau courante et l’électricité. C’est pour cela que les amitiés, les soirées littéraires, la musique sont si importants. Comment vivre autrement ?

Quand un prof de math rencontre une énigme, celle-ci est forcément mathématique. C’est sur ce mode que Julia va tenter de réduire une étrange équation : Angel, son amour, lui dit qu’un fabuleux document est entre les mains d’Euclide, un ancien amant. Euclide prétend que c’est Léonardo, l’écrivain, qui le détient. Et Léonardo voudrait convaincre Julia de le récupérer chez Angel qui le cacherait. Et quel est ce grimoire fantastique que tout le monde recherche ? Une page de gribouillis et de schémas, de la main de Antonio Meucci, qui avant Graham Bell aurait inventé le téléphone, à la Havane même.

Julia est prise dans un réseau de mensonges, de tensions, d’hésitations. Devant elle, les hommes mentent, elle doit faire son propre chemin, et choisir enfin, de mentir elle-même ou de révéler… une vérité.

Le roman ne vaut certainement pas pour la tension du suspens, ou bien les scènes d’action. Faute de carburant, on se déplace en vélo, et les armes sont verbales. Mais le dilemme dans lequel se perd la jeune femme obligée de vivre avec la révélation des trahisons masculines permanentes, le quotidien dans une île exsangue qui n’a que son soleil en partage, tout concourt à faire apprécier de ce roman.

L’écriture de Karla Suárez est très factuelle. La description des drames de ces âmes latina garde une distance un peu grinçante, sans guère d’illusions sur le monde. Mais la froideur apparente souligne mieux l’absurde dans lequel se trouvent plongés des protagonistes dramatiquement conscients que tout est différent ailleurs, là, à soixante kilomètres des côtes. Mieux ? Sans doute pas, si ce n’est les frigos pleins.

Julia vous conte une Havane désespérée et vaillante, triste et glorieuse, et on ne peut s’empêcher d’admirer comment l’auteur arrive à faire tourner toute une intrigue autour de quelques lignes de maths…

Tag(s) : #critiques

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