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L'amour, implacable.

Trois Quarts d’Heure d’Eternité
Rebecca Wengr
ow
Fortuna Editions (Belgique) 2014

Eva et Seth sont amants, en grand, en vrai, très fort… Lui, passé houleux, elle, tout entière incarnée dans ce brasier qui la consume. Prêt à s’arracher à d’autres liens plus anciens, Seth ne posera jamais son sac chez Eva. Il n’en aura pas le temps. Pour le voir, lui parler, elle devra affronter les queues à la porte de la maison d’arrêt de Fresnes. Affronter aussi les regards, l’arbitraire des gardiens. Malgré l’amour qui la dévore, elle ne pourra plus le toucher. Peut-être une fois, par chance provoquée, par hasard ? il effleurera l’intérieur du poignet de la femme aimée.
Pour ces trois quarts d’heures, Eva supportera tout, y compris l’encombrante présence de l’autre. La rivale. Et ne se lassera jamais malgré les mois, les années qui passent.
Ce roman n’en est pas tout à fait un, relatant sous le masque de la fiction les tourments d’une belle âme, celle de la romancière, privée de l’homme aimé, écrivain renommé.
Rebecca Wengrow a une façon très personnelle de bousculer la langue. Femme de passion, femme de lettres, elle torture les mots pour leur faire cracher sang, sueur, sperme, tout ce qui incarne la passion. C’est une âme entière, qui s’est donnée, sans restriction, quand bien même la torture hebdomadaire atteignait la limite de ses forces diminuant, porte après porte, et dont le bruit sinistre des clefs tournées hantait ses cauchemars.

C’est un très beau livre, quasi un poème sur l’amour, quand il est entier, inconditionnel, implacable.

Rebecca Wengrow, avec « Le Désespoir des Heures de Pointe » (Fortuna 2010) avait fait la preuve de son talent pour les nouvelles, exercice d’équilibre difficile s’il en est. Nouvelliste reconnue dès sont premier recueil, elle nous assène ici un second talent, celui du roman qui ne s’oublie pas.
Que ceux qui pensent avoir aimé lisent « Trois quarts d’heure d’Éternité »… Il existe peu d’aussi beau désespoir que celui qu’elle dépeint ici.


Tag(s) : #critiques

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