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Laissez venir à moi les petites gens

La Meute des Honnêtes Gens
Laurence Biberfe
ld
Éditions au-delà du raisonnable 2014

Laurence Biberfeld joue avec les codes comme avec les mots. Roman après roman, la voici, la voilà, qui construit un univers à elle, quelle veut bien partager avec nous, rien qu’avec ses mots. Un monde de rage et de tendresse, de passion et d’indulgence. Mais son indulgence, elle la réserve aux petits, aux misérables, aux abandonnés, à ceux qui vivent de peu, de rien, les laissés pour compte d’une société qui n’hésite pas à les dévorer pour nourrir son insatiable soif de richesses, de réussite, de croissance.

Ici, la sainte trilogie de l’unité de lieu, de temps et d’action se trouve bousculée pour notre plus grand plaisir. Si l’action, dans sa répétition, trouve ses racines dans les mêmes origines, se déroulant sur le même lieu, elle se joue en deux temps, répétition a coda, avec deux siècles d’écart.

Et le lieu est d’importance. C’est lui qui souffle son âme, sa force, faisant glisser les sentiments des humains vers les extrêmes. La montagne cévenole, dans sa grandeur sauvage, ses espaces inatteignables, ses secrets, peint les destins aux couleurs les plus sombres : celle de l’obscurité impénétrable des châtaigniers couvrant les pentes vertigineuses des vallées encaissées.

Fin XIXème, un maitre filateur est égorgé proprement. Homme que seul intéresse l’argent et les femmes, consommant les ouvrières comme il siffle son vin : sans modération, il laisse peu de regrets. Aujourd’hui : Gérard, son descendant, maire du village qu’il met en coupe réglée avec un duo de copains – coquins, est découvert au bord de la même rivière. Pareillement égorgé. Même goût immodéré pour les femmes et la table. Tout aussi haï que son aïeul.

Ce renvoi en miroir dans l’histoire d’une région, d’une famille, est l’occasion pour Laurence Biberfeld de jouer avec la langue. Parler cévenol pour la partie ancienne, mots syncopés de jeunes squatteurs de la filature en ruine pour l’autre.

Avec cette fable prenante, l’auteur, dont la productivité a été dopée par l’air des Cévennes, (trois romans cette année : chez le même éditeur et chez Ska, ainsi que de belles nouvelles érotiques) nous présente d’une manière différente de ses précédents écrits, mais tout aussi convaincante, son amour des petites gens, ceux dont la vie s’écrit dans le sang et l’oubli. A sa façon riche, un peu folle, énergique et tendre, elle les met en lumière, leur donne la place qu’ils méritent avec une écriture originale et forte.

Tag(s) : #critiques

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