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Les Parques du petit matin

Trois heures avant l’aube
Gilles Vin
cent
Jigal Polar 2014

Gilles Vincent joue avec les destins. C’est le privilège du romancier, démiurge commandant au temps, à l’espace et même aux Parques.
Voici donc trois personnages. Sabrina, une malheureuse, sans doute un peu pauvre en esprit, concassée par une vie sans horizon et l’hystérie compassionnelle qui a saisi la Belgique lors des marches blanches pour Mélissa et les autres malheureuses fillettes enfermées, affamées, abandonnées à la mort par Ducroix (tout le monde le reconnaît). Rien de comparable avec Grégor, deuxième pivot de la narration, si ce n’est que l’espoir vient de déserter leur vie. Grégor, licencié au bout de vingt ans passés à plumer des poulets pour les industries Foux. Enfin, dernier axe : Kamel, que son époque dégoûte au point de l’amener à préférer la route hasardeuse du jihad.
On le sent dès le début, ces trois trajectoires sont orientées vers le pire, le noir, vers la mort sans doute ? Car Sabrina ne supporte pas l’annonce de la prochaine libération de Ducroix pour vice de forme. Gregor, de son côté, voudrait rétablir la justice refusée à ses copains d’usine licenciés, souhaitant leur rendre une dignité volée par l’avidité du directoire qui délocalise. Kamel, enfin, a beau avoir en sa compagnie Dounia, jeune et jolie, convertie par amour, il ne renonce pas aux actions d’éclat pour lesquelles il a été programmé.
Gilles Vincent glisse de l’un à l’autre, nous les rend également attachants et, ce qui n’est pas le moindre paradoxe, dépeint des flics à leur poursuite, tout aussi sympathiques (presque…).
Un roman en volets qui s’articulent parfaitement, avec des enchaînements naturels, et ce montage fractionné, devenu classique, n’a rien d’artificiel. La vie n’est-elle pas ainsi, porteuse seulement du sens que lui donne le pauvre humain ballotté, tout au long de son parcours ?
C’est la thèse de Gilles Vincent, défendue sans démonstration lourdaude. Le sens ne se révèle qu’à la fin, et le romancier vous le met en scène plus clairement que chacun ne peut le voir dans sa propre vie.
Un roman plein de tendresse bougonne pour des personnages tout à la fois exaspérants et attendrissants.

Tag(s) : #critiques

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