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Images Brouillées

Ombres et Soleil
Dominique Sylva
in
Éditions Viviane Hamy 2014

Lola Jost, on la connaît grincheuse, teigneuse, voire carrément désagréable. Dans « Ombres et Soleil » on voit se développer son côté sombre, quasi dépressif.
Jugez-en : notre mamie commissaire ne quitte plus sa robe de chambre, ne se lave plus, picole plus qu’elle ne mange, déprime en cherchant la place d’une idiotie de pièce de puzzle dont finalement elle n’a pas grand chose à faire. Elle se remet mal de l’éloignement de son fils, de la disparition du charmant commissaire Dugain sans compter le départ de la belle Ingrid pour des cieux plus cléments. Car rappelez-vous : à la fin de l’opus précédent, Ingrid se trouvait soudain face à la mort. Depuis, elle a décidé d’aller se déshabiller sous le soleil de Las Vegas après que le jeune policier qui venait la retrouver pour lui donner des renseignements ait été abattu sous ses yeux.

Jusqu’à il y a peu, je visualisais notre Lola Jost comme une mamie à l’œil fatigué mais capable d’éclats acérés. Une sorte de Simone Signoret en plus frais, si l’on veut. Pas celle de « Casque d’Or » évidemment, mais plutôt de « La Veuve Courderc ». C’est ainsi que nous la conte d’ailleurs Dominique Sylvain. Seulement la télévision s’en est emparée sous les traits improbables d’une blonde hirsute habituée des mimiques de commedia dell’arte… Sans compter l’épisode qui transformait notre sculpturale Ingrid en blackette de banlieue qui balançait des « fucks » de pacotille à l’accent aussi crédible que moi dans le rôle de Cruella (comment ça, l’exemple est mal choisi ?).

Ici, finalement, peu importe que la sauce prenne bien ou pas, les personnages suivent leur trajectoire… Deux ou trois fausses pistes, un rebondissement, notre Lola va jusqu’à Hong-Kong… en revient, va traîner en Afrique et la Terre est toujours ronde… Lola s’agite, vit de plus en plus mal sa vieillesse, son éloignement des affaires, mais garde ses fidélités pour lesquelles elle se sent prête à affronter les voyages intercontinentaux. Et ça marche... presque. On attend la trouvaille, l’embardée fictionnelle ? Dominique Sylvain vous ficelle ça très proprement. On revient à Paris, un peu désorienté, en compagnie d’un barbouze qui se révèle surprenant…
Dire que c’est le meilleur des opus de la série « Lola-Ingrid », non. Je me suis sentie trop gênée par les parasites télévisuels… j’en conviens. Ils m’ont fait perdre le sel de ma relation avec cette ronchon au grand cœur à laquelle je m’étais attachée.
J’ai hâte de retrouver la plume légère, le ton de Dominique Sylvain avec d’autres personnages, d’autres aventures, libérés des présupposés d’un scénario.

Ce roman ravira les inconditionnels du duo découvert dans « Passage du Désir » si joliment nommé et les amateurs d’une autre vision du polar, loin du gore et de ses torrents d’hémoglobine. Toutefois, malgré la légèreté du ton, se glissent des vérités qui ne s’annoncent pas autrement que comme des fonds de scène politiques. À lire l’œil ouvert

Tag(s) : #critiques

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