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Sur les pas de Steinbeck

Joe

Larry Brown traduit par Lili Sztajn
Éditions Gallmeister 2014


Ce roman a été édité par Gallimard en 1994 puis en folio policier en 2001. Il ressort aujourd’hui chez Gallmeister, pour notre plus grand bonheur, dans une traduction révisée.
Il y a le garçon, Gary. Ses deux sœurs, sa mère. Et puis le père. Ivrogne, mauvais, haineux, prêt à tout pour quelques bouteilles. S’il le faut : affamer sa famille, tabasser sa femme, cogner son fils, mentir, voler… Lâche, méchant, sale, un condensé de ce que l’humanité peut faire de plus bas, de plus méprisable.
Gary, quinze ans à peu près, œil neuf, volonté farouche, esprit silencieux et concentré, est prêt à travailler, dur, pour nourrir se famille, acheter le camion qui leur permettra de se déplacer. Trop petit, trop jeune au début du roman il ne peut pas échapper à la loi du vieux. Pas encore…
Joe, quant à lui, vit en célibataire divorcé, nourri à la bière et aux surgelés. Il fait durement bosser un groupe de gars qui, sous ses ordres, empoisonnent une forêt qu’il faudra replanter plus tard avec une essence plus aisément commercialisable.
Joe et Gary vont se découvrir, et lier une relation qui transcendera la différence de condition, l’incroyable solitude amère du gamin rencontrant celle de l’homme. Ou bien l’homme se retrouvant tel qu’il fut ?
C’est un roman intemporel, et j’ai cru, à lire certaines pages, m’être trompée et avoir repris Steinbeck. Il y a quelque chose des paysans déracinés des « Raisins de la colère » dans la famille errante de Gary. Une misère totale, inconcevable dans l’Amérique d’Obama telle qu’on se la représente. Telle qu’on nous la présente ?
Il y a des secrets, il y a de la violence, il y a des morts anciens qui vont brouiller le jeu et les tentatives désespérées du gamin pour s’en sortir.
Un roman poignant, dont certaines pages rejoignent ce que la littérature américaine a fait de plus beau.


On verra bientôt en France, après le 30 avril, un film de David Gordon Green avec Nicholas Cage dans le rôle de Joe. Ce long métrage a, semble-t il, rencontré un grand succès, notamment à la Mostra de Venise.
Ne passez pas à côté de ces lignes superbement écrites, dans une retenue extrême, ce serait pécher…

Tag(s) : #critiques

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