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Insatiable Céleste, la mal nommée

Prédatrice
Alissa Nutting, traduite par Héloïse Esquié
Sonatine Editions 2014

Il y a des livres dont la raison d’être vous échappe… Qu’est-ce qui a pu fasciner l’auteure pour qu’elle en arrive à concevoir l’idée du roman ? Qu’est-ce qui a pu motiver l’éditeur pour qu’il le lance sur le marché ? Non, la seconde question est stupide : la réponse est évidente. L’espoir d’un scandale, d’une belle polémique, générateurs de ventes… peuvent suffire comme moteur. Parfois…

Ici, l’idée est simple : il s’agit de faire passer l’inoubliable « Lolita », de Nabokov, pour une comptine enfantine.
L’héroïne de cette histoire, Céleste Price, est âgée de vingt-six ans. Prof de littérature en collège, elle est mariée à un flic qu’elle drogue le soir pour qu’il ne la touche pas, ou bien, quand il faut songer, une fois par mois, à accomplir peu ou prou le devoir conjugal, c’est elle qui s’abrutit de calmants. C’est que, bien que folle de sexe, celui pratiqué entre adultes consentants ne l’attire pas du tout.
Avec un parfait cynisme, Céleste, jolie et attirante, manipule ses élèves. Elle séduit un jeune garçon, puis file un parfait amour torride avec lui, dans l’excitation du danger, car fatalement, quelqu’un découvrira quelque chose tôt ou tard. C’est que les poils, les muscles, la force masculine la rebutent. Célest est, selon, l’expression consacrée, une éphébophile. Si elle n’était si manipulatrice, si avide de jouissance égoïste, indifférente et perverse, si enfin, elle s’éprenait sincèrement du jeune Jack, on pourrait s’attacher à la jeune-femme. Mais elle est seulement présentée comme une femme assoiffée de satisfactions sexuelles et prête à tout pour combler ses désirs pulsionnels. Assez rebutante !
Ici, ce n’est pas une histoire intime qui est contée, c’est l’exposition outrancière de besoins sexuels irrépressibles, volontairement plaquée sur un personnage féminin. On sait que dans la réalité les « prédatrices » sont rarissimes quand les prédateurs, eux, sont légions. S’agit-il de se protéger d’accusations d’apologie de pédophilie ? Cette inversion peu crédible des rôles, le côté insatiable de Céleste rend l’histoire artificielle mais permet peut-être à l’auteur de se réfugier derrière la prétention d’une impossible fiction.
Hormis l’admiration qu’on peut avoir pour la réussite dans l’invention de ce personnage dominateur et pervers, à la sexualité invasive, il y a peu de raisons de s’intéresser aux aventures de Céleste. Pas de raison non plus de déclencher une polémique. D’aucuns présenteront ce roman comme un brulot revendicatif dans un pays puritain, d’autres comme le scandale d’une attaque à la pureté juvénile (ne riez pas). Ni l’un ni l’autre… le caractère osé des scènes de sexe étant affadi par la période permissive, on ne va même pas en parler… Ni pinacle, ni pilori donc pour cette « prédatrice » américaine qu’on peut lire pour la performance littéraire.

Tag(s) : #critiques

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