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Clodos, nos frères

Dans la Dèche à Los Angeles
Larry Fondati
on
Fayard 2014

C’est indéniable. En ces temps de crise, nous voyons bien des maisons d’édition se replier sur des valeurs sûres, limiter leurs sorties, faire parfois le choix de la facilité et de la banalité commerciale. Quel bonheur, dans ces conditions, de pouvoir s’immerger, que dis-je, se noyer dans les lignes de Larry Fondation.
Car c’est bien de cela dont il est question. D’une noyade, qui plus est, brutale. L’eau est glacée. J’ai tellement de bonheur à vous le signaler : « Attention : Styliste ! »
Pourquoi tant d’enthousiasme ? C’est que l’affaire est exceptionnelle. Songez-y, sur une année pleine de romans, combien vous ont-ils arraché à votre confort narratif, à vos certitudes, à vos habitudes ? Cela se fait diablement rare.
Le diable n’y est pas pour rien, il faut le dire aussi. Il se niche sans doute dans les raisons de la débine dans laquelle sont tombés Soap (la fille) Bonds et Fish, trois clodos qui n’ont pas oublié l’époque où ils vivaient comme le commun des mortels de Los Angeles. Enfin, ils ne sont pas seuls non plus, et c’est tout le mérite de ce roman de Larry Fondation : nous livrer dans un style haché, heurté, dans une histoire non structurée mais qu’il vous rentre à violents coups de marteau dans le cerveau, le quotidien de trois individus parmi les paumés d’une ville qui compte aussi des fortunes énormes. Quotidien fait d’errance, de recherche de toilettes avec papier hygiénique, de lieux ou s’abriter en paix. Et tout le temps, chercher les quelques pièces qui permettront de picoler pour survivre à l’attente vide d’un lendemain qui sera semblable : puant, plein de galères et d’expédients.
S’il y a des cris, des coups, des pleurs, il y a aussi des rires, des moments de fraternité. Il y aussi les autres, ceux qui vivent en oubliant que les laissés-pour-compte sont encore des humains. Et ce ne sont pas uniquement les flics qui tapent durement. Un refus dégoûté fait mal aussi.
Ce roman est à part, entre témoignage et fiction, colère et humanisme. Les amateurs de frissons faciles n’y trouveront peut-être par leur compte, pas de gendarme au grand cœur ou de serial killer aux yeux injectés. Mais n’importe qui ayant été ému un jour par la détresse d’une épave humaine, dans un couloir de métro ou sous un porche, n’en décrochera pas.

Tag(s) : #critiques

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