Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Jouissivement régressif

L’Expert
Trevanian, traduit par Jean Rosenthal
Gallmeister 2013

Qui donc, chez Gallmeister, possède la bonne dose de mauvais esprit réjouissant nous valant, après plusieurs titres de Macdonald, cette réédition de « L’Expert » roman de 1976 ? Car on ne peut nier une certaine parenté entre Lew Archer, vaguement désabusé et néanmoins si humain, avec Jonathan Hemlock,le héros de Trévanian. À noter que le nom du personnage évoque nettement « Sherlock », ce qui ne doit rien au hasard, comme on l’imagine.
On connait Trevanian capable, comme dans « Shibumi » de créer un héros « plus ». Plus intelligent, plus rapide, plus beau, plus fort… que ses ennemis. Mais, au contraire de Shibumi qui taillait de sacrées croupières à la CIA, notre héros ici est américain et ce sont les Anglais, tous genres confondus, qui font les frais d’un esprit mordant, d’une méchanceté et d’une drôlerie inénarrables.
« L’Expert », ici, s’appelle donc Jonathan Hemlock. Il a appartenu à un service de contre-sanction. Comprenez qu’il a tué, pour le compte de la CIA, des agents étrangers responsables de la mort d’agents américains. Mais ce métier barbare lui pèse. Amateur d’art dans l’âme, il finit par se retirer, n’ayant pas pour meilleur ami que ses tableaux, fausses copies, vrais originaux de peintres célèbres.
Notre homme se retrouve le jouet d’une machination complexe que son esprit pénétrant va décrypter, mais pas tout à fait assez rapidement pour ne pas en pâtir.
Le prix à payer, quand on est trop malin, est parfois élevé ! Jonathan Hemlock pourra t-il échapper aux services de contre-contre espionnage anglais, à un redoutable allemand sans scrupule, roi du vice et à sa reine noire libidineuse ? Doit-il se fier à la magnifique irlandaise rousse qui lui est tombée dans les bras si opportunément ? Et combien de méchants va-t-il devoir assommer pour s’en tirer ?
Il y a un plaisir quasiment régressif à se couler dans les lignes de Trévanian, qui de plus, sait à merveille flatter bassement l’anglophobie latente chez le lecteur français.
Son rythme incisif, son esprit mordant, sa critique joyeuse des systèmes, dans une belle célébration de l’individualisme cultivé, sont sérieusement roboratifs !
A noter la parution simultanée de « The Main » du même auteur, roman plus sombre, lent et profond qui fera l’objet d’un papier spécifique.


Tag(s) : #critiques

Partager cet article

Repost 0