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Etoile Noire

Mauvaise étoile
R.J Ellory, traduit par Fabrice Pointeau
Sonatines Éditions 2013

Ellory ressuscite le mythe de Caïn et Abel à sa manière, dans ce roman initiatique qui oppose deux frères.
Elliott, dix-neuf ans, est l’aîné. Marqué dès l’enfance par la colère et la violence, il défend son jeune frère de dix-sept ans, Clarence, plus posé, plus calme, habitué à faire le gros dos devant l’adversité.
Les deux jeunes ont mal commencé dans la vie. Nés chacun d’un père différent et d’une mère alcoolique, ils ont vu dans leur enfance celle-ci finir sous les coups de son mari, père du plus jeune. Ils ont ensuite attendu que « maman se réveille » pendant deux jours avant d’être découverts par une voisine. La vie en orphelinat public ressemble à une évocation sinistre, quelque part entre Dickens et Upton Sinclair. La misère, la violence, l’abandon… Tout pour construire des sociopathes…
Si le destin n’avait pas jeté son dévolu sur les deux gamins, ils s’en seraient peut-être tirés ? S’il n’y avait pas eu de tempête perturbant le transfert inter-état d’Earl, condamné à mort, lui permettant de s’évader en embarquant les deux frères comme otage ? Qui sait ?
Cette obsession du destin traverse tout le roman.
Clarence, le plus jeune, observe l’obscurité qui se concentre en nuages de plus en plus sombres autour de l’esprit d’Elliott. Il se résout enfin à fuir, abandonnant son ainé alors que celui-ci sombre définitivement dans l’attraction morbide de la violence définissant leur kidnappeur.
Dans sa fuite, Clarence entraine une jeune fille, à peine plus jeune que lui, qui va changer le cours de son errance. Lumineux et triste personnage à la fois, cette victime collatérale est elle-même instrument de ce fameux destin.
Les deux frères suivent deux routes à la fois différentes et complémentaires, les méfaits de l’un attribués à l’autre, dans un tourbillon fou dont la logique est viciée.
On retrouve dans ce roman la force d’évocation de « Seul le Silence » premier des romans d’Ellory à avoir été traduit en France. Ceux qui avaient suivi dessinaient plus les contours et l’évolution de la société américaine qu’ils ne s’intéressaient aux destins individuels. Conjugués à quelques bavures médiatiques autour d’Ellory, on pouvait se trouver peu d’appétit pour ce nouveau roman.
Cela aurait été une erreur de se passer de cette lecture poignante, pleine de compassion et de fureur, de tendresse et de cruauté. Bâti comme un thriller à l’américaine, souple comme une étude psychologique européenne, riche comme un tableau de Bruegel dans le détail de l’enfer dépeint, « Mauvaise étoile » embarque certes dans une errance routière, où l’on voit les héros beaucoup marcher, mais entraine surtout dans les sentiers étonnants de sentiments d’autant plus violents que les âmes sont jeunes.
Une lecture à part dans un automne somme toute assez convenu.

Tag(s) : #critiques

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