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Bourrelemou-les-Gogos

Avisd’Obsèques
Michel Embarek
Editions de L’Archipel, 2013

C’est polar, c’est français, régional, et tout le sel réside dans le ton qu’adopte Embarek pour nous narrer de sordides histoires de gros sous et de petites ambitions. Il n’y a pas que du sel : on trouve aussi du poivre, sans compter une pincée de piment issu de la Nouvelle-Orléans.

Un beau ( ?) matin, dans une ville imaginaire : Saproville sur Mer, on découvre un cadavre. C’est celui du propriétaire du journal régional et on n’a pas affaire à une mort naturelle, malgré l’acharnement à se dézinguer le foie qui faisait la réputation du patron de presse. Un quidam l’a aidé à en finir d’une balle dans la tête. C’est ennuyeux. C’est même fâcheux : cela contrarie les huiles locales et ça donne du travail à la police, à la justice, allant jusqu’à bousculer la paisible retraite d’un barbouze.

Les empires familiaux recèlent leur comptant de haine recuite, ne différant en rien des familles dénuées de patrimoine. Le Trividic, commissaire dont les rêves tournent autour de la construction d’un escalier de bois, va ainsi faire la triste expérience des pressions qu’engendre trop d’argent.

Le roman plein d’une verve joyeuse, drôle, mordante, n’est sans doute pas l’œuvre majeure d’Embarek, mais il nous offre un bon exemple de son ton allègre, poliment cynique. Sa dernière sortie nous avait affranchis de son indulgence à l’égard des mauvais garçons quand ils rangent les flingues (Très Chers Escrocs – l’Ecailler 2013) : ici ils les sortent. Embarek leur pardonne cependant tout aussi facilement tant que c’est fait avec élégance.

S’il n’y avait les amours en demi-teinte d’une juge, on voguerait en compagnie de l’auteur du côté des Tontons Flingueurs, relookés contemporain. Car elle a bien besoin de se consoler, Madame la Juge, elle qui songe avec une certaine amertume que la plupart du temps son boulot consiste à « coincer des têtes de nœuds dotés du quotient intellectuel du cancrelat »

Un cru sympathique, très français, distrayant et cependant ô combien clairvoyant qui n’hésite pas à se moquer de lui-même : « Ah, ils ont bonne mine, les scénaristes télé, les polardeux avec leurs tueurs en série, violeurs en série, connards en série habités par Saint Psychopathe et pourchassés par des experts diplômés de l’université de Bourrelemou les Gogos ! ».

On peut difficilement faire mieux en matière d’autocritique du genre ! C’est toutefois dangereux, car cela exige à la suite de dépasser les poncifs critiqués. C’est ce que fait haut la main Embarek avec une enquête qui ne sert que de prétexte à un portrait doux amer de notre société.

Tag(s) : #critiques

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