14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 08:40

Feuilleter, en musique, et rêver aux paysages de la Corse, puis se laisser chatouiller l'imaginaire par toutes les promesses noires de ces auteurs... Combien de morts dans ce catalogue ?

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Jeanne Desaubry
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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 15:37

Fin d’Amérique
Damien Ruzé
Nouvelle Éditions Krakoen, 2013

Zollinger est alsacien, flic, têtu, doté d’un très sale caractère. Il fume trop, il roule trop vite… Les seuls moments de sérénité qu’il connait sont ceux passés en forêt, à l’affut… sauf quand le gibier change de nature, c'est-à-dire quand le flic se retrouve inopinément à la place du cerf. Ce qui ne manque de créer un certain remue-ménage dans les sous-bois…
Sur les bords de Loire, la vie parait plutôt paisible. La bourgeoisie locale ne manque cependant pas de vilains secrets. Il est rare qu’un secrétaire d’état souhaite qu’on insiste sur son degré de parenté lorsque le fils est star du porno, encore moins s’il réapparait, après une longue brouille, sous forme de cadavre.
Zollinger ne va pas s’en laisser imposer, et inévitablement, va heurter de plein fouet les murs de résistance du pouvoir et de l’argent menant de proche en proche au grand banditisme.

G Guillon indiquait, dans le communiqué de parution de ce roman, qu’il était mon « coup de cœur ». Je dois la vérité à ceux qui liront cette chronique. J’ai rarement eu aussi peu de travail sur un manuscrit. Si je leur dis que ce roman est un des meilleurs de l’année, ils peuvent, ils doivent me croire.
Tout y est, tout ce qui satisfera l’amateur éclairé d’univers noir. Le héros, fort, campé dans des certitudes qui ne font pas bon ménage avec les compromissions. Pour autant ce flic n’est pas monolithique, présentant des failles d’une puissante humanité. Le rythme : ça pulse, pas de longueur, pas de redite, des scènes d’actions faites pour le cinéma à la Tarantino. Des dialogues qui filent, qu’on entend tant ils sont vivants.
L’originalité enfin. Si le cadre global dessine une France provinciale apparemment sans histoire, le regard de Zollinger en souligne crûment les aspérités cachées, sans excès ni de complaisance ni de virulence .

Non, je ne vois pas ce qui peut manquer à ce livre pour plaire aux lecteurs de Deon Meyer, de James Salis, ou Dan Winslow.
Car enfin, souverain, capital pour moi : il y a le style. L’écriture de Damien Ruzé, bien que farouchement implantée chez ses grands maîtres américains par l’esprit, ne présente pour autant rien qui ressemble à une imitation. La force et l’originalité sont bel et bien au rendez-vous.

Un premier roman d’une irréprochable efficacité.

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Jeanne Desaubry - dans critiques
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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 08:21

Misère,

Ne me rappelez pas que cela va faire trente ans ! 30 ! que je n’ai pas mis les pieds en Corse... C’est avec un immense plaisir que je regarderai l’Ile de Beauté apparaitre dans la brume du matin, avant de claquer la bise aux auteurs invités au Festival Corsica Polar qui porte cette année le  nom magique de « Cavale »

Tous en cavale, tous en Corse, et vous amis insulaires et touristes, venez vous fournir en polars à lire sur les merveilleuses plages de l’Ile. Le festival se tient sur 4 lieux différents : immanquable. Du 12 au 20 juillet : Bastia, Borgo, Porto Vecchio, Porticcio... Cherchez  les bons romans sous l’ombre des pins ou des châtaigniers, là où le Patrimonio léger se laisse boire frais. C’est là que vous nous trouverez !

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Jeanne Desaubry
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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 19:43

Les Apparences
Gillian Flynn traduite par Héloïse Esquié
Sonatines 2012


Nick et Amy se sont rencontrés à l’orée de leur trentaine. Jeunes New-Yorkais branchés, lui, journaliste culturel, elle inventant des tests à la noix pour des revues féminines. Mariés, heureux... au début. Frappés de plein fouet, chacun leur tour, par des vagues de licenciements, ils sont partis vivre dans le Missouri, pour le plus grand déplaisir d’Amy. Nick enseigne vaguement le journalisme dans sa ville natale, tout en tenant un bar avec sa sœur jumelle « Go ». Amy joue pendant ce temps à la parfaite femme d’intérieur.
Amy, il faut le dire, sait ce qu’est la perfection. Elle a eu la grande chance d’être affublée d’un couple de parent psychologues, écrivains pour enfants, dont l’héroïne récurrente est « l’Épatante Amy » parfaite en tout. L’on verra par la suite dans le roman que cela vous grille assez sérieusement les neurones.
Un matin, précisément celui de leur cinquième anniversaire de mariage, Amy disparait. Nick, paniqué, non seulement se retrouve assez vite soupçonné de son meurtre par la police, mais aussi et surtout devient la victime d’un véritable lynchage médiatique. À l’américaine : les journalistes hurlant à sa porte, le poursuivant dès qu’il sort de chez lui, fouillant le moindre recoin de sa vie privée.
Le plus insignifiant des incidents de sa vie de couple va se trouver disséquer. Inévitablement, les multiples cachotteries, tromperies et mensonges anodins inhérents à toute vie maritale vont émerger, puis enfler au point de menacer sérieusement la liberté de Nick.
Est-il, comme il le prétend, victime d’une effroyable machination ? Est-il juste un être minable ? Un mari violent, volage ?

Après la gravité de ses précédents romans traduits en France, Gillian Flynn se livre ici à un exercice cynique et brillant. Ses personnages sont fouillés, c’est un euphémisme, fouillés jusqu’au plus secret. Et les « bons » n’échappent pas à la noirceur tandis que les « méchants » sont tout aussi dignes de pitié.
Ce roman est avant tout une fable brillante sur les grands dangers qu’il y a, dans un couple, à refuser l’apparence que présente l’autre, à vouloir « savoir » et surtout, maîtriser. Le prix à payer est invariablement la mort de ce qui parfois, fait la magie d’une alchimie unique.
Ici, on l’apprend dans un suspens malin à deux voix, parfois vraies, pitoyables, parfois fausses, quelquefois drôles...
Pas grand monde ne s’en sort, et pourtant Gillian Flynn arrive à nous divertir avec cette fable impitoyable.

Ce roman vient de recevoir le Prix des lectrices du magazine « Elle ». Cela figurait notamment dans les lignes d’un jeune journaliste de « Actualitté », quotidien dédié à la littérature, et à ses évolutions numériques. Il y avait de quoi se mettre en rogne : ce jeune homme n’a guère de considération pour les ménagères lectrices de polar. Il a tort. Si ce roman ci ne s’élève pas à la hauteur tragique de « Les Lieux Sombres », inoubliable précédent roman de Flynn , il aurait beaucoup à apprendre à certains auteurs de « blanche » perdus dans des développements filandreux et poussifs copiés de la réalité, sans originalité créative, et encore récemment condamnés par la XVIIème chambre de Paris.

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Jeanne Desaubry
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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 07:32

Ozon, déguisé en phacochère : il faut lire l’article pour savoir à quel point le costume lui sied peu.

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Jeanne Desaubry
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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 16:16

A défaut de lire le livre, qu'il parait néanmoins intéressant de se procurer, on peut lire l'interview de l'auteur. Et se rappeler. Le pauvre Jaurès,mis à toutes les sauces, que certain président avait voulu récupérer, que dirait-il de notre époque ? De son manque de solidarité ? de son énergie toute entière tournée vers la "croissance" notre nouveau veau d'or ? Peut-être hausserait-il simplement les épaules, incrédule.

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Jeanne Desaubry
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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 08:49

Coyote Crossing
Victor Gischler
Denoël, Sueurs Froides, 2013

L’Oklahoma. En plein milieu de nulle part. Tellement loin de tout qu’on n’y connait pas le téléphone portable. Au milieu de ce vide sidéral puant l’ennui et la poussière : Coyotte Crossing. Une ville de bouseux qui n’ont rien à envier aux bouseux des villes. On est en Amérique, ne l’oublions pas, et le moindre pékin est armé jusqu’aux dents.
Toby Sawyer s’est retrouvé piégé dans la ville de sa naissance par une paternité impromptue. Musicien de bar, il n’était revenu que pour l’enterrement de sa mère, et puis s’est retrouvé coincé là avec un mioche et une femme qui ne l’aime pas. Sa vie se résume maintenant à un mobile home minable pour maison, et un boulot merdique d’adjoint du shérif a mi-temps pour seul revenu. Infidèle, indolent, un peu lent d’esprit, gentil et paresseux, père extrêmement attaché à son bébé, ce qui le sauve d’une totale insignifiance. Et puis…
Et puis soudain, unité d’action, unité de lieu, unité de temps ! En une seule nuit de folie Coyotte Crossing va basculer. Toby va perdre tous ses repères. Il va lui falloir puiser au plus profond de lui-même des ressources dont il ignorait l’existence.
Le voici qui court comme un canard fou à la recherche d’un corps qui a disparu. Un macchabé, ce n’est pas censé quitter une scène de crime par ses propres moyens. Mais voilà, Toby qui devait garder les deux, a préféré aller tirer un petit coup vite fait avec sa copine. Le shériff ? Disparu aussi. Les collègues ? Il va falloir faire le tri car il s’avère vite que certains ne sont pas du tout les représentants de la loi que Toby croyait connaître.
Pour s’en tirer, sauver sa peau, celle de son fils aussi, le jeune adjoint va devoir transformer son étoile de fer blanc en étoile d’argent. Cela va lui coûter beaucoup de sueur, la destruction de tout un tas de véhicule, il va lui falloir user un nombre incalculable de balles pour activer le dézingage de tout un tas de méchants…
On serait dans un scénario à la Tarantino s’il n’y avait les cheveux fins de son bébé qui font trembler le cœur de Toby. Une lecture sur un rythme endiablé qui donne bien de l’allant au gris du temps.

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Jeanne Desaubry - dans critiques
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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 08:22

Salut amis ! Max Obione nous a créé une belle page facebook pour ska, maison d’édition numérique de qualité. N'hésitez pas à la visiter pour découvrir nos productions. Des sorties mensuelles, polar et érotiques, des écritures de qualité. Alle hop, cliquez, aimez, découvrez ! Pour mettre du soleil où il n'y en a pas.
https://www.facebook.com/pages/EBooks-SKA/519677064759524

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Jeanne Desaubry
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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 10:20

Premier Homme
Xavier-Marie Bonnot
Actes Sud, actes noirs 2013

Enfoui sous une cascade de textes lus, travaillés, corrigés, dévorés, rejetés, ce « Premier Homme » refuse de se laisser oublier malgré une 4eme sans charme et une couverture peu attirante.
L’histoire ? Des plongées dans des calanques hivernales, le mistral qui décape le ciel, des histoires de famille inoubliables, dont la blessure suinte encore le pus vingt ans après, l’amour fraternel et le passé, le très grand passé, celui de l’aube de l’humanité comme refuge. Et peut-être la folie comme corollaire.
Il y a vraiment un étrange hiatus entre les souvenirs que ce roman me laisse et sa quatrième de couverture. L’éditeur manquait-il d’inspiration ? Car si j’ai oublié qu’il est question d’un flic et d’un tueur, je me rappelle très bien l’importance d’une ampoule grillée. D’une maison abandonnée et de la sorcellerie des premiers âges. Je me rappelle des scientifiques, des plongeurs, de ce vieux savant refugié dans la garigue. Ce roman nous embarque dans une intrigue curieuse, pleine de sa propre recherche, mais aussi donnant à spéculer, stimulant la curiosité pour la paléontologie, l’admiration pour ceux qui vouent leur vie à la recherche.
Ce roman, plus qu’enquête classique avec un méchant à attraper (est-il méchant d’ailleurs ?) dissèque l’influence et l’importance de tous les passés sur le présent : histoires de famille, souffrances de l’enfance. De toutes les enfances : celle des humains et celle de l’humanité. Ça, et la beauté inquiétante des scènes de plongée en font une lecture prenante.
Il faut ajouter que le Marseille hivernal avec ses lumières dures raconté par Xavier-Marie Bonnot a de quoi donner des envies de weekend aux septentrionaux. Ne nous en privons pas alors que le printemps a de toute façon décidé une grève illimitée au nord de la Loire.

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Jeanne Desaubry
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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 21:04

Un long moment de silence
Paul Colize
Editions la Manufacture 2013

Quelle peut être la vie d’un petit garçon, que son premier souvenir obsède ? 1954. Sa mère, la main accrochée à un téléphone, s’effondre en apprenant la mort de son époux. Une vie placée sous le signe de l’attentat aveugle qui a fait dix-sept morts en Egypte. Les terroristes, aussitôt abattus par la police, n’ont rien révélé de leurs motivations.
Qui était ce père ? Que faisait-il en Egypte ? N’est-il que la victime d’un hasard qui l’aurait mis là au mauvais endroit, au mauvais moment ? Ou bien… ? C’est le « Ou bien » qui obsède.
Stan, à l’âge adulte, voudrait répondre à ces questions pour mieux les oublier. Pour oublier peut-être aussi qu’il vit seul comme un rat mort et que son cynisme l’isole plus qu’il ne le protège des autres et du monde. Chef d’entreprise, autoritaire, cassant, sans aucune illusion sur personne, il use des femmes comme d’autres le font de l’aspirine. Elles ne servent qu’à assouvir une pulsion dont l’amour est absent, la considération et la tendresse tout autant.
C’est un long chemin que va prendre Stan. Une longue enquête qui va remonter le temps jusqu’à la seconde guerre mondiale, quand les familles étaient dispersées ou brisées dans des mouvements de population fuyant et refluant, cherchant à échapper aux combats.
C’est un long chemin qui remonte aussi le courant de l’histoire du peuple juif et des chasseurs de nazis à la façon Wiesenthal.
C’est enfin un long chemin au cœur de sa propre famille et de son éternel sentiment d’abandon.
Le cynisme hargneux de Stan est un des ressorts puissants du roman, et l’on peut soupçonner Colize de se délecter au portrait de cet enquêteur atypique qui fouille un présent récalcitrant toujours prompt à protéger un passé encore douloureux.
Usant de l’enquête comme d’une plaque révélatrice des secrets d’autrefois et de leurs effets contemporains, Paul Colize bâtit un thriller historique, dont l’humanité et la sensibilité ne se révèlent que peu à peu, page après page, pour s’achever sur une conclusion stupéfiante.
La construction très travaillée, en aller-retour entre les époques concernées, donne au lecteur tous les fragments d’un puzzle qu’il lui faut recomposer. C’est tout le talent de l’auteur de ménager une conclusion imprévue.
Ne surtout pas lire la « note au lecteur » figurant en fin de livre avant d’en avoir achevé la lecture, mais ne pas l’omettre : elle plante une dernière banderille qui rappelle encore une fois que le roman noir est le meilleur miroir possible de notre époque.
NB : ce roman vient de recevoir le pris Landerneau 2013.

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Au feu les pompiers !

Roman jeunesse  

dans la collection "Larpo & Rino"

aux éditions Krakoen

w9782916330822.jpgDisponible en librairie et sur Internet

Enseignante, j'accompagne le roman d'un dossier pédagogique, gracieusement mis à disposition des enseignants sur le site de l'éditeur dans sa version numérique. (Clic sur l'image pour plus de détails)

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