Mercredi 23 mai 2012 3 23 /05 /Mai /2012 15:23

muraille-laveLa muraille de lave
Arnaldur Indridason traduit par Eric Boury
Métailié noir, 2012

Une sortie d’Indridason semblait la promesse de retrouver Erlendur, son héros dépressif et fasciné par les disparitions que la montagne a coutume de réserver aux imprudents pris par les intempéries islandaises.
Ce n’est pas le cas dans « La Muraille de Lave ». Ici, c’est Sigurdur Oli, qu’on a déjà vu fonctionner à titre d’adjoint du héros habituel, que l’on suit.  Il prend les commandes d’une enquête qui, d’abord personnelle et supposément facile, va tourner au drame. Une jeune femme aux mœurs libres tente, semble-t-il, de se faire de l’argent avec des clichés compromettants. Sigurdur se laisse convaincre par un ami d’aller lui conseiller d’abandonner ses tentatives de chantage. Il n’est pas le premier sur les lieux qu’il trouve dévastés, la jeune femme estourbie pour le compte, avant d’être lui-même assommé.
Hélas pour nous, Erlendur est absent. Absence qui n’est pas sans mystère, puisque personne ne sait où le trouver, que sa fille le cherche sans succès. Est-il à son tour parti se perdre sur des flancs montagneux ? Or, Oli, son adjoint sur lequel ce centre ce titre, est un type antipathique. Un héros négatif, un admirateur inconditionnel de « l’ american way of life », raciste, se délectant à insulter les petits délinquants quand ils sont en situation d’infériorité. La seule touche d’humanité qui reste au flic consiste en sa recherche pour restaurer ses liens avec sa femme qui l’a quitté…
On a le rythme lent des enquêtes nordiques. Les relations pour nous exotiques entre population et police. On a la météo, la ville côtière, les montagnes et leurs volcans en fond. On a surtout, et c’est selon moi, l’intérêt principal du livre, les prémisses de la crise financière qui a laissé ce pays exsangue. La société islandaise est ici saisie dans un instantané qui serait celui du dernier pas vers le gouffre de la banqueroute. La folie de l’endettement et de la consommation a saisi les islandais, faisant prendre à certains des postures de « vikings » qui couteront à tous, cher, très cher et qui n’est pas pour rien dans les dérèglements individuels exposés ici.
Indridason arrive, en fin de compte, à nous intéresser, presque malgré nous, à cette enquête, à laquelle s’ajoute parallèlement les interrogations d’Oli sur le personnage d’un semi-clochard, homme brisé par les mauvais traitements connus dans enfance, victime autrefois d’abus sexuels.
On attend avec impatience le retour d’Erlendur, qui, tout dépressif qu’il soit, reste plus positif que son adjoint.



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Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 10:49

feu-au-royaume.jpgLe Feu au Royaume
Sebastien Doubinski
Le Petit Ecailler, 2012

André Thiriet, connu dans le milieu sous le nom de Dédé la Classe… est un héros vieillissant, retiré des affaires. Il a quitté Panam, vit en Espagne de souvenirs, ceux que sa femme a égarés, ne reconnaissant plus sa famille. L’annonce de la mort de son fils, de son Alexandre parti gérer les affaires familiales, va ramener Dédé à la capitale française.

Mais plus rien n’est comme avant. Les amis, les complices d’autrefois sont des vieillards fatigués, le monde a changé trop vite, Dédé n’a rien vu venir. Il n’a pas vu non plus son fils se lancer dans de sales affaires, celles que son père avait toujours refusées : les filles. Non pas sur un plan personnel, mais industriel. Pour le cacher à son ancien, farouchement opposé au trafic d’humains, le jeune homme s’est livré à un maquillage des comptes. Non, Dédé, décidément, n’a rien vu venir.

Sebastien Doubinski nous fait, tout en retenue, la peinture d’un personnage à la Audiard. Ravagé par la perte de l’esprit de son amour qui vogue à présent dans un vide effrayant, incendié par la mort du fils, Dédé se lance dans une bataille où il pourrait laisser la vie, où il va, à coup sûr, perdre ce qui lui reste d’âme.

Ecrit avec une sobriété absolue, une immense tendresse pour ces truands à l’ancienne atteints par la limite d’âge, Doubinski nous offre un roman court, tendu comme la trajectoire d’une bastos… et touchant comme les larmes d'un vieillard cruel. Un paradoxe superbement équilibré par le talent de l'auteur.

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Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 14:29

innocence-perdue_.jpgInnocence perdue
Donald Westlake
Rivages Noir, 2012 (première sortie 1967)

Avec Westlake, le plus probable est que vous ne rencontrerez jamais que des surprises. Je connaissais, naturellement, la série des Dortmunder. Le dernier titre lu se terminait sur les collines d’Ecosse, Dormunder poursuivant Kelp, qui l’avait entrainé une fois de plus dans une aventure foireuse. Mais… les deux protagonistes galopaient sous l’orage, en armure… A la limite du grand guignol, un titre écrit un peu rapidement, une commande, peut-être ? Un roman qui m’avait toutefois tiré quelques sourires joyeux. Dortmunder et sa poisse, son côté Droopy… ça fonctionne toujours.

Un autre volume avait le bon gout de me tendre ses petits bras depuis la bibliothèque : « Innocence Perdue ». Rien que le titre… une merveille. J’ignorais tout de la série « Tobin ».

Dans les premiers chapitres, on découvre, en douceur et à la fois en profondeur, le personnage principal. Le héros, Mitch Tobin, dresse un mur au fond de son jardin. Cet acte, en apparence anodin, est mené avec la plus parfaite des tranquillités apparente, la plus lente des méticulosités, sous l’œil de sa femme. Ces quarante première pages, entendons-nous, ne sont jamais ni descriptives, ni introspectives. On est là dans le comportementalisme le plus strict. Aussi, la fureur et la violence ayant mené cet ex policier à se réfugier dans la tranchée de son enceinte, émergent-elles avec une subtilité prégnante.

Westlake, cependant, n’a pas laissé son héros sombre passer entièrement du côté obscur. Si, selon ses propres critères, il a failli humainement, il reste un excellent flic. Tout le roman reposera sur la dualité de la rédemption humaine, impossible pense le héros, et son implication dans une enquête qui sauvera des innocents.

J’avoue avoir été absolument bluffée par la lecture des quarante premières pages dans lesquelles Westlake fait preuve d’une maestria unique. Je pense n’avoir jamais assisté à pareille peinture, subtile, lente et pensée, du paysage intérieur d’un héros. Rien de lui ne nous est donné au début, seul le déroulement de l’intrigue lâche les indices qui sortent progressivement la forme de l’argile. Et c’est à chaque révélation minime un éclair de compréhension.

Je vous salue, Monsieur Westlake. Vous auriez dû être éternel.

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Mercredi 9 mai 2012 3 09 /05 /Mai /2012 18:02

archanges_.jpgArchanges, 12 histoires de révolutionnaires sans révolution possible

Paco Ignacio Taibo II

Métailié, 2012

 

Toute l’âme politique, sentimentale, humaine de Paco Ignacio Taibo II est sans doute résumée dans ce recueil de … ? Récits ? Nouvelles ? Témoignages historiques ? Tout cela à la fois en un mélange plein d’humanité.
Russie, Mexique, Allemagne, Chine… le début du dix-neuvième siècle n’a pas été avare en révolutions. Certains ont avorté, d’autres ont accouché de monstres. Dans toute cette fureur, des destins ont traversé la nuit de l’Histoire comme des météores ardents. Des destins bien souvent oubliés aujourd’hui et que PITII a voulu ressusciter, non pas dans leur seule dimension historique, politique, voire littéraire, mais aussi tout bêtement humaine.
« On découvre qu’une personne n’est pas une personne, mais les échos de cette personne. Que la seule manière de la capturer, c’est de fixer les dizaines d’échos qu’elle laisse derrière elle. »
Et ces destins parfois abandonnés à la nuit du passé, PITII s’en fait le chantre, l’artiste aux couleurs chaleureuse, luttant contre l’oubli à coups de couleurs et de chansons.

Y a-t-il des leçons à tirer du passé ? On dirait que l’auteur veut nous en convaincre. Il n’est pas difficile, devant son talent, de se rendre à ses arguments. Les plus beaux héros sont ceux qui ont perdu.

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Vendredi 4 mai 2012 5 04 /05 /Mai /2012 09:29

back-up.jpgBack Up
Paul Colize
La manufacture de Livres, 2012

Bien des romans noirs se déroulent dans les bas fonds de Los Angeles, à la rigueur dans le smog de San Francisco…Avec Paul Colize, on est immédiatement au parfum… Ce sera Bruxelles ou rien !
Voilà qui, de fait, est purement calomniateur. Certes Paul Colize est belge. Mais hormis le fait que ce ne soit pas une tare, son roman « Back up » nous entraine aussi à Berlin et à Londres.
Toute l’intrigue repose sur le destin d’un malheureux, surnommé X Midi. X parce qu’on ne sait pas qui il est, Midi, parce qu’il a été trouvé sous les roues d’une voiture devant la gare de Midi à Bruxelles.
SDF ? ou pas ? Le doute est permis. Vêtements sales et abimés, pas d’argent ni de papiers, mais ongles coupés, pas de plaies aux pieds, parties intimes saines. Alors, déguisement ? Mais pour se cacher de qui ? de quoi ?

Le problème est que lorsque X Midi se réveille de son coma après de longues semaines, il ne peut communiquer. Atteint de Locked in syndrome, s’il est parfaitement conscient de son environnement, il ne peut que cligner des paupières. Parfaitement paralysé, enfermé dans la prison vivante de son corps. Difficile de communiquer dans ces conditions, d’autant que le malade semble ne pas tenir du tout à donner son nom ni à révéler quoi que ce soit de son passé.
Un homme ne désarme pas. Un kiné, qui vient voir le patient tous les jours et prend en charge sa rééducation, mène une enquête digne de la police.
Évidemment, si l’on suivait le roman au rythme des progrès de la motricité du héros, on attraperait des escarres, nous aussi. Mais Paul Colize fait voyager la mémoire du patient vers un passé lointain, depuis sa prime enfance jusqu’au jour où désespéré, il s’est caché sous les oripeaux du mendiant qu’il n’est pas.
Ces aller-retour entre les recherches hésitantes du soignant et une mémoire silencieuse mais imprégnée de fureur rock se font en toute fluidité. Car X Midi était batteur, baignant dans la musique rock des années soixante quand les Beatles étaient des gamins outrecuidants. Toutes les musiques, toutes les expériences psychédéliques se heurtent et font chorus dans la mémoire d’un homme condamné à jamais à la plus terrible des immobilités silencieuses dans un paradoxe d’une grande cruauté. L’avancée dans l’intrigue se fait ainsi, sur deux temps, peut-être au son d’une caisse claire ?
Le quinqua lira ce roman avec la tendresse qu’on éprouve pour les ombres de sa jeunesse pas si lointaine, mais déjà derrière. Les plus jeunes feront une découverte historique sensible, axée sur l’énergie digne d’un ouragan de la musique de ces années là.

Un roman dont la bande son réveillerait un mort !

 

 

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Lundi 30 avril 2012 1 30 /04 /Avr /2012 14:04

 

 paix-que-verite-copie-1.jpgLa paix plus que la vérité
Gildas Girodeau
Editions « au-delà du raisonnable » 2012

« Au-delà du raisonnable » est une jeune maison d’édition parisienne, au catalogue en formation. Elle a déjà accueilli quelques auteurs bien connus dans le monde du polar. Thierry Crifo, Gilles Del Pappas, Catherine Diran, François Thomazeau, Erica Wagner… Et Gildas Girodeau, pour cet opus qui nous mène en Catalogne, tant française qu’espagnole à la suite d’un personnage qui lui ressemble…


Un écrivain-journaliste, pour vivre de sa plume, doit cumuler les piges et  beaucoup de ces petits ménages que sont les conférences suivies de signatures. C’est ainsi que l’écrivain Yarnald Collom, journaliste pour un hebdo engagé de Perpignan, se rend à Marseille. Là, Valenti, président de l’association des Catalans de Marseille, le reçoit. Ils partagent leurs origines, mais Valenti, plus âgé, a fui la répression franquiste, alors que Yarald est né en France. Après une soirée animée par des discussions vives qui rappellent à Yarnald que les cicatrices de la guerre d’Espagne ne sont pas fermées, Valenti va faire à l’écrivain des confidences qui remontent à des faits anciens.
Les recherches qu’elles déclenchent mènent Yarnald à remuer un passé espagnol non réglé. Cette enquête, et les découvertes qu’elle va impliquer, ne sont pas du goût de tout le monde. En Espagne comme en France, le silence, l’oubli, ont été préférés à une vérité trop douloureuse et trop perturbante. Sauver le quotidien a primé : on a préféré enterrer le passé.
Au cours des ses pérégrinations, Yarnald Collom va faire la rencontre de personnages hors normes comme ce curé activiste ou une brune incendiaire qui va bouleverser sa vie.

« La paix plutôt que la vérité » est un roman profondément humaniste, riche en enseignements nichés dans une intrigue pleine de péripéties. Sa première partie fait un tableau historique qui rappelle à ceux qui voudraient l’oublier : les charniers, les disparitions, les tortures et les spoliations de l’époque franquiste. Sans dogmatisme, sans posture. Gildas Girodeau, via son personnage alter-ego  défend certes le parti de la vérité, mais il ne sait pas condamner ceux qui ont préféré la paix.
Une lecture pour ne pas oublier, même si avancer nécessite de savoir se servir d’un rétroviseur sur le passé.




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Jeudi 26 avril 2012 4 26 /04 /Avr /2012 18:33

Sur_la_plage_d_Ojpg.jpgSur la Plage d’Ostende
Magali Duru
Atelier in8, 2012

In8 continue paisiblement à faire paraitre cette élégante collection format

 11 x 17 de volumes contenant une seule nouvelle longue.
Ici, c’est Magali Duru qui nous offre un récit étrange, presque surréaliste, morbide, assaisonné d’un poil de cynisme.
Lendemain de réveillon, le héros de la nouvelle sort au petit matin, laissant sa femme dormir. Il éprouve pour sa part le besoin d’aller marcher sur la plage d’Ostende, comptant sur l’air marin pour être lavé de ses excès de la veille. Mais, dans le sable, le vent impétueux lui arrache son vêtement qui perd deux boutons.
Le diable se niche dans les détails. Deux boutons… Pourquoi s’en faire pour si peu ? Mais ces deux objets minuscules vont se faire instrument du destin, changeant la vie du héros. Perdu dans leur quête fanatique, il va se trouver perturbé par un étrange personnage tenant de l’apparition.
Magali Duru s’amuse à promener son lecteur dans un monde mi noir, mi onirique, et avant la dernière page, on ne peut savoir de quel côté va se porter son choix. Son talent fait que, la dernière page étant lue, on ne le sait toujours pas avec certitude, et l’homme au chapeau qui rode sur la plage d’Ostende se fait soudain bien inquiétant.

28 pages, 4 euros, une collection à consommer sans modération.

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Vendredi 20 avril 2012 5 20 /04 /Avr /2012 19:35

roi-lezard.jpgLe Roi Lézard

Dominique Sylvain

Editions Viviane Hamy, collection Chemins Nocturnes, mars 2012

 

Est-ce parce qu’il est sorti il y a encore peu de temps ?  Ce « Roi Lézard » a pour l’instant rencontré peu d’échos dans la presse. Il le mérite pourtant.

Cette discrétion pourrait être relative à l’annonce honnête de l’éditrice et de l’auteure : ce reptile là est fils d’un « Travesti… ». C’est que Dominique Sylvain s’est fait une spécialité de réécrire ses romans vieux d’une dizaine d’année, parus chez Viviane Hamy. Elle nous a déjà offert une réécriture de « Baka » d’abord, puis de « Sœurs de Sang ». C’est aujourd’hui « Travesti » qu’elle reprend. Il ne s’est pas agi pas pour elle de déguiser, changeant quelques oripeaux vieillots pour du chiffon tendance…Si déshabillage il y a eu, il est allé jusqu’à l’os.

Cette originalité littéraire méritait un intérêt curieux.

Louise Morvan, détective privée, a hérité de l’agence de son oncle, Julian Eden. La mort dramatique de celui-ci, jamais élucidée, est d’un poids trop pesant pour la jeune femme. Près de deux décennies plus tard, elle se lance sur les traces froides du tueur de son oncle. Elle n’affronte pas seule ces démons passés. Serge Clementi, son amant, commissaire à la brigade criminelle, protège l’impétueuse Louise. Malgré une enquête prenante sur un tueur en série de SDF sur les quais de Seine, il va lui prêter son concours. Il y a aussi Casadès, flic en retraite, à qui autrefois le dossier fut retiré. Reprendre ce dossier, c’est pour tous retrouver l’ambiance des années soixante-dix, rencontrer les femmes qui furent proches de Julian Eden, le séducteur, se pencher sur sa vie privée. Pour Louise, le danger est grand, en se confrontant à la réalité, de perdre l’image idéale d’un oncle adulé.

La témérité de Louise, sa fraîcheur, son amour inconditionnel pour le souvenir de son oncle vont faire l’effet d’un grand coup de pied aux témoins du passé. Surtout à ceux qui sont rentrés dans le droit chemin, ou font semblant, après les années folles du rock et du LSD. Le fantôme de Jim Morrisson, une starlette slave, une aristocrate mourante, un tueur halluciné habitent les pages du « Roi Lézard » et lui donnent le goût doux amer de la jeunesse enfuie.

Avec ce roman, on n’est pas, comme avec « Guerre Sale » ou « la Nuit de Geronimo » dans l’évocation d’un problème de société. Cette aventure vaut surtout par le portrait de personnages attachants par leur originalité et un déroulé d’intrigue faisant la part belle à la fantaisie.

Je me suis livrée à une étrange expérience. Juste après « Le roi Lézard », j’ai relu « Travesti », avec des zigzags de l’ancien au nouveau et vice versa. C’était troublant. Je rencontrais de temps à autre un dialogue, une portion de paragraphe identique, mot pour mot, immergé dans de grandes portions de texte neuf. Comme des pépites de chocolat cachées dans une mousse au caramel. On tombe soudain sur un autre goût qu’on reconnaît, mais le mariage audacieux réjouit la papille davantage que le caramel ou le chocolat seuls. Une maison neuve avec ses meubles d’hier ? Votre conjoint après un régime draconien et une cure de fitness ? Je vous laisse libre de choisir l’analogie qui vous tente le plus.

L’étrangeté de l’entreprise m’a conduite à poser la question à Dominique Sylvain.

Pourquoi réécrire ce roman relativement récent ?

Dominique Sylvain me répond :

J'ai décidé de réécrire mes trois premiers romans car je les considérais comme non aboutis. Tout avait commencé avec "Baka!" qui était épuisé et que mon éditeur souhaitait rééditer. En le relisant, j'ai décidé de le revoir entièrement car je vivais au Japon pour la deuxième fois et mon regard sur ce pays avait évolué. Concernant "Travestis", j'ai eu une idée irrésistible (du moins pour moi), celle d'augmenter la place de la musique par rapport à la première version. Et c'est pour cette raison que Jim Morrison fait partie de la distribution du Roi Lézard. Il a vécu à Paris, y est mort et a laissé quelques bandes musicales derrière lui. Concernant sa mort, je me suis basée sur une thèse qui vaut ce qu'elle vaut. De toute façon, personne ne sait rien car les deux témoins directs sont morts, eux aussi. D'une manière générale, j'ai repris ce roman qui me tenait à coeur pour en faire ce qu'il devait être. ça n'est pas rentable car, en général, les journalistes ne s'intéressent pas à une réécriture (sauf un, Plougastel du Monde, et toi bien sûr). Mais artistiquement, je ne pouvais pas faire autrement. Et je suis contente du résultat. Je l'ai réécrit il y a trois ans et l'ai relu récemment plusieurs fois. Avec la distance, je sais que j'ai atteint la fluidité que je recherchais. Et l'histoire est complètement différente (hormis la partie avec le tueur des quais, qui n'a été que réécrite sur le plan stylistique mais pas modifiée sur le fond), et plus percutante, à mon avis. Ce n'est pas que je ne puisse pas me défaire de mes écrits. C'est plutôt que tout est lié. Mes romans s'inscrivent dans un travail général, une recherche personnelle. J'ai toujours eu un problème pour bâtir une bonne histoire. Je me suis améliorée un peu avec les années. Et du coup, "Travestis" devenu "Le Roi Lézard" est, je crois, une bien meilleure histoire. Plus sensible aussi. Chaque personnage est plus investi que dans la première version. Et je vais jusqu'au bout des idées, je ne me contente pas d'esquisser. Ce qui est aussi l'un de mes défauts. Entre-temps, j'ai lu, appris en lisant les autres. Et j'ai réfléchi. "Travestis" était intéressant, je suppose, mais bordélique et assez invraisemblable, artificiel. Plus cérébral que réellement sensible. Je crois au pouvoir de l'émotion. Et il me semble que je suis plus exigeante avec moi-même. Dont acte.
Il faut préciser aussi que je n'ai commencé à gagner un vrai public qu'à partir de la création de la série Ingrid et Lola. je compte la continuer mais ne veux pas pour autant renier ce que j'ai fait auparavant. Mes trois romans récrits concernent la série Louise qui n'a jamais vraiment accroché le public et la presse. je trouve cela dommage alors j'ai essayé d'injecter dans les premiers Louise, tout ce que j'ai appris depuis 1995. Mais je m'arrêterai là. "Travestis" sera ma dernière réécriture.

 

Merci à elle pour cette réponse. Elle y lève un peu  pour nous le voile sur le mystère intime de l'écriture.

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Mardi 17 avril 2012 2 17 /04 /Avr /2012 17:44

alib6.jpgAlibi n°6, trimestriel
Ayoba éditions, avril 2012
Je n’ai pas très envie d’écrire, cela manquerait d’intérêt, que, oui, Alibi continue sur sa lancée initiale : belle iconographie, papiers intelligent, rubriques bien ciblées, personnalités bien choisies. Sur le dessus du panier, en haut de la pile, quoi…Comment résister à Deon Meyer (je suis fan depuis le premier roman…) à la bouille sombre de Rachid Santaki ? Toujours un peu en réserve dès qu’il s’agit de télé qui prend beaucoup, trop ? de place dans ce numéro. Je pardonne car il y est beaucoup question de « The Wire » dont j’ai téléchargé et visionné avec passion les cinq saisons. (M’sieur Hadopi trainerait-il dans le coin ? Je ne répondrai qu’en présence de mon avocat…).
À ce stade, le lecteur curieux à la recherche de nouveautés a déjà décroché. De mon article, pas de « Alibi ».
Parlons plutôt de « Alibi mag » le site web de la revue. Pour le découvrir, si ce n’est déjà fait, il suffit de taper dans sa barre de navigation :
www.alibimag.com
. Et hop, c’est fait.
Passage marketing obligé de tout media moderne, le site web est parfois un copié collé d’extraits de la version matérielle, destiné à entretenir l’envie d’acquérir la revue.  Rien de tel pour Alibimag qui bien au contraire joue la carte de la diversité et de la générosité. Rançon de cette richesse : on pourrait reprocher au contenu du supplément internet d’être un poil foutraque. Dur, en effet,  de savoir avec certitude dans quel numéro figurent les articles de référence. Du moins, c’est ce qu’il paraîtrait à qui s’attendrait à une reproduction interactive du contenu de l’édition papier. Mais ce reproche ne vaut que pour la nécessité d’éviter la béatitude nigaude.
Jugez-en : si on retrouve certains articles de fond communs aux deux versions, sur le web, ils s’accompagnent de vidéos d’entrevues enrichissantes.  Et puis il y a ce qu’on ne peut avoir dans la revue : par exemple la bande annonce de « Bronx », qui semble être un formidable spectacle de Francis Huster. Vraie info supplémentaire, et teasing efficace. A lire aussi, des brèves, des compléments à ce qui se limite parfois dans la revue à une recension assez brève. C’est le cas pour « Tarnac, Magasin Général » d’un ex journaliste de Libération puis de Médiapart, David Dufresne. Au-delà du contenu de son livre, en soi indispensable, la problématique de la distance entre le journaliste et son sujet s’y trouve clairement exposée, objet d’un exposé lourd de sens. Et l’entrevue avec « Maitre Mo » et le renvoi sur son site, et… Fouillez, forcément vous trouverez quelque chose qui vous arrêtera.
Donc, continuez à lire Alibi, ça va de soi, mais n’hésitez pas à enrichir cette lecture d’un passage sur son site.

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Lundi 9 avril 2012 1 09 /04 /Avr /2012 14:54

jenequitteraipascemondeenvie_-copie-1.jpgJe ne quitterai pas ce monde en vie
Steve Earle, traduit par François Thomazeau
L’Ecailler, 2012

 

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on est, avec ce roman, a des kilomètres d’un kilafé classique ou d’un thriller gore made in USA. Un roman social ? Fantastique ? Rien de tout ça, un peu quand même…

Doc, junkie en manque permanent, a été radié de l’ordre voici des années. Depuis, il vit une lente errance, descente progressive vers les bas fonds de la société américaine. Pour se payer ses doses, il soigne ceux qui, pour un tas de raisons qui les regardent, ne peuvent aller jusqu’aux urgences de l’hôpital de San Antonio. Blessures liées à des affrontements avec les flics ou à des règlements de compte, blessés recherchés…Nous sommes dans les années soixante-dix. Les prostituées, si elles ont souvent besoin d’injections d’antibiotiques ont aussi parfois besoin de se débarrasser d’une grossesse encombrante. La misère des autres entretient celle de Doc, solitaire, par choix dit-il.
Pourtant, chaque fois qu’il se pique, c’est à dire plusieurs fois par jour, Doc tient conversation avec Hank Williams, chanteur de country, mort de nombreuses années auparavant, ectoplasme revenchard et râleur. Hank a véritablement existé, et ce qu’on sait de sa mort précoce correspond, semble-t-il, exactement à la scène du roman. Mort sur la route, un long ruban d’asphalte pour seul horizon.  Hank, dont le roman prétend qu’il a été soigné, autrefois, au temps de leur prospérité mutuelle, par le Doc.
Nous voici donc avec un fantôme. Dans les premières pages, cette apparition passe pour une émanation de la conscience de Doc. Puis, avec une stupéfaction joyeuse, on ne s’étonne plus de la voir s’individualiser. Dans un sens, il est même rassurant de voir ainsi le Doc garder sa tête sur les épaules. Mais cela ne dure pas. Car voici  Graziella, une petit mexicaine qui ne tarde pas à faire chavirer son cœur, puis son âme, et enfin, malgré sa résistance, son corps. Graziella dont l’aide est si précieuse au Doc : non seulement depuis qu’elle pose les mains sur ses patients, ils ne meurent plus, mais ils s’amendent, et on voit les filles de mauvaise vie retourner dans le droit chemin, les dealers raccrocher, les junkies se sevrer.
On le comprend, rien, de tout cela n’a beaucoup de vraisemblance. On se laisse cependant embarquer sans façon par la gravité joyeuse, le sentiment aigu de la vie et de la mort qui se promènent dans les pages de Steve Earle. Ici, il joue tout au long à mélanger vérité et fiction. Car Hank n’est pas le seul personnage réel à les « hanter ». On assiste à la mort en direct de John Fitzgerald Kennedy, premier président américain catholique, mesurant au passage le traumatisme pour le peuple des gens simples.
Steve Earle, vous le connaissez. Il est, en lui-même et à sa façon, à la fois vrai et personnage de fiction.  C’est lui qui joue l’ex accro, dans « The Wire ». Il incarne le parrain de « Bubble » chez les junkies anonymes. Barbu, bracelet de force, gilet de cuir…Mais là encore, on joue entre vrai et faux, vrai mensonge, fausse vérité. Car l’auteur a, lui aussi, connu les seringues, la prison et les bas-fonds. Comment mieux illustrer ce jeu de miroir qu’en précisant que le titre du roman est aussi le titre du dernier album enregistré par Hank Williams dans la vraie vie ? Et que Steve Earle, comme cet étrange héros, est lui aussi musicien…
Un roman qui n’a rien d’un polar, mais qui rode dans ses marges noires, subtilement,  servi par une belle écriture.
Pour en lire plus et pour écouter, Hank Williams cliquer ici

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Super haine PETIT NOIR

couvSUPERn-copieW.jpg

PETIT NOIR

Livre et eBook

Au feu les pompiers !

Roman jeunesse  

dans la collection "Larpo & Rino"

aux éditions Krakoen

w9782916330822.jpgDisponible en librairie et sur Internet

Enseignante, j'accompagne le roman d'un dossier pédagogique, gracieusement mis à disposition des enseignants sur le site de l'éditeur dans sa version numérique. (Clic sur l'image pour plus de détails)

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