Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 16:58

CouvAlibi5.jpgMois faste pour les amateurs de noircitude.

Cette fin de janvier voit en effet la sortie du numéro 5 de la revue « Alibi »qui, en un an, s’est installée dans le paysage éditorial. Sa rédaction a su créer l’attente des nouveaux numéros de ce mag book, riche en infos de toutes sortes sur le monde du polar au sens large, alternant infos, photos, reportages, interview, critiques littéraires… Maître mot : qualité !

Ce numéro 5 ne fait pas exception. R.J. Ellory, en particulier, nous embarque dans une étrange balade du côté de Washington, à la rencontre d’enquêteurs : Brad, du FBI, June à la Criminelle, ou Alyce, ancienne toxico en passe de devenir infirmière. Une façon, j’en jurerais, d’entrer dans la genèse de sa création littéraire. Pari pris, on les retrouvera dans un prochain roman.

Comme on ne peut tout connaitre, tout avoir vu, entendu ou lu, j’ai, grâce à cet « Alibi 5 », découvert John Burdett qui figurera tôt ou tard dans mes piles…

A noter le papier sur l’Ogre de Rostov, le tueur qui a servi de modèle à Tom Rob Smith pour son remarquable« Enfant 44 » injustement oublié ici, cet autre article encore sur le « 36 », adresse mythique de la Brigade Criminelle, qui avant trois ans sera délocalisée aux Batignolles.

 

Ce qui me mène enfin à signaler une nouveauté qui, tout en s’intéressant au fait criminel, comme « Alibi » en somme, adopte résolument un autre abord. « Crimes et Châtiments » -aux éditions Jacob-Duvernet -. Premier crimes-et-chatiments.jpgnuméro, entrée dans l’arène…

En commun, ces deux revues trimestrielles intéressées par les déviances de nos sociétés présentent  en ce mois de janvier, un dossier sur les femmes. Mais dans la première, « Alibi », les « reines de crime » sont avocates, écrivains, policières, amoureuses de gangsters ou … nettoyeuse de scènes de crime. Dans l’autre, « Crimes et Châtiments » elles sont tueuses.

« Crimes et Châtiments » prend clairement l’angle du fait divers, comme fait majeur, révélateur de notre société. Une toute petite place est faite, en fin de revue, à la littérature policière. Histoires de flics, de voyous, histoires d’injustices ou affaires criminelles, dans « Crimes et Châtiments » on ne s’écarte pas de la réalité. Histoires souvent passionnantes, mais qui finissent par laisser un gout de fer dans la bouche du lecteur. Un gout de sang…

Cet abord rend la seconde revue plus dramatique, et le parti pris de ne l’éclairer qu’au travers d’illustrations, à rebours d’Alibi qui soigne toujours beaucoup la photo, renforce encore son poids. Si les illustrations mettent un peu de distance avec la réalité décrite, leur tonalité très sombre n’allège pas l’atmosphère mais donne une originalité certaine à l’ensemble.

Faut-il faire un choix ? Un concept pas si différent par la pagination, la présentation, les centres d’intérêt, mais finalement résolument différent dans l’abord des déviances de notre époque. D’un côté la distanciation, consciente néanmoins, dans l’autre, la plongée dans les faits bruts.

Mais pourquoi choisir ? Rien n’empêche de lire les deux...

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Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 17:55

genesis-copie-1.jpgGenesis

Karin Slaughter, traduite par François Rosso

Thriller, Grasset 2012


Karin Slauhgter avait clos « Irréparable », dernier opus d’une série réunissant ses héros depuis un moment, par la mort de Jeffrey Toliver, sheriff en Georgie. Elle mettait ainsi un point final aux aventures du policier et de sa femme, Sara Linton, pédiatre et médecin légiste. Dans « Génésis », on retrouve la belle Sara, ravagée de douleur, sa vie figée dans un deuil dont elle ne réussit pas à s’extraire. Elle travaille dorénavant aux urgences de l’hôpital public d’Atlanta.
Les lecteurs de Karin Slaughter connaissent bien aussi Will Trent et Faith Mitchell. Ces deux-là enquêtent depuis un bout de temps ensemble pour le compte de la police de l’état de Georgie, duo bancale. Lui, atteint de dyslexie profonde, ne sait pas vraiment lire. Quant à elle, elle paraît plus macho que toute la police d’Atlanta réunie. Ce qui ne semble pas peu dire, au passage.
Voilà donc la réunion de héros appartenant à deux séries distinctes, dont on se dit qu’ils ont de l’avenir ensemble. Une acrobatie littéraire nommée outre atlantique « cross over ».

Je ne vais pas dévoiler toute l’intrigue : le lecteur est face à une enquête sur les agissements d’un serial killer, totalement malade, qui affame et torture des femmes. Rien que des femmes, belles, riches et…garces. De façon intéressante, celles qui seront sauvées n’auront pas un mot aimable pour les flics.
Au cours du roman, on n’assiste pas aux mauvais traitements que le bourreau inflige à ses victimes. Sans doute était-il hors de portée d’un être normal de décrire ce qui échappe à l’entendement. A défaut de décrire ces séances au-delà de l’imagination, Karin Slaughter liste les innombrables dommages que les médecins tentent de réparer ou dont le légiste fait le compte, après… quand il y a un après. Car pour une victime trouvée vivante, il y a celles qu’on retrouve mortes. Mais combien ont disparu ?

L’intérêt de ce roman vaut bien plus, de mon point de vue, par la richesse des personnages coincés dans leur introspection : les interrogations de Faith sur sa maladie, les difficultés de Will avec sa femme destructrice, le chagrin envahissant de Sara. Quant aux relations qui les (des)unissent, leur dynamique est puissante, captivante.

On se doute bien que les méchants seront arrêtés. Mais, ce ne sera pas sans dégâts pour tout le monde, police, famille, entourage.

Stéphane Bourgoin, spécialiste français des tueurs en série, souligne que la fiction créée par Karin Slaughter s’appuie sur la réalité. Ou plutôt sur des réalités, l’auteure s’étant inspirée des méfaits réels de divers assassins en série.
De quoi rendre plus inquiétant un roman qu’on préférerait né d’une imagination morbide et délirante. C’est aussi Stéphane Bourgoin qui raconte comment, petite fille, Karin Slaughter a vécu la disparition de dizaines d’enfants noirs dans les écoles de sa région, entraînant une sourde inquiétude, peut-être calmée par l’écriture ?
Enfin, comme précédemment avec la sortie en poche de « Pas de Pitié pour Martin » qui m’avait fait beaucoup sourire, j’encourage à suivre une auteure qui s’engage en soutenant la lecture publique. On trouveraici le lien qui renvoie à ses actions militantes pour la bonne cause.

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Lundi 23 janvier 2012 1 23 /01 /Jan /2012 15:19

avion sans elle2Un avion sans elle

Michel Bussi

Presses de la Cité, 2012

 

Bussi nous a tous bluffés avec ses « Nymphéas Noirs » lauréats, notamment, du prix Michel Lebrun 2011.

Pourquoi reparler du précédent roman en introduction du nouveau ? Parce que précisément, Bussi est un récidiviste. Et selon moi, pas plutôt relâché, il n’aura de cesse de recommencer. Je pense qu’on devrait vraiment surveiller ce gars qui, à force de concocter des intrigues tordues, va soit se fouler gravement la cervelle, soit prendre l’habitude de marcher en arrière dans la trace de vos propres pas histoire de mieux vous embrouiller.

Qu’on en juge. Jura, un soir de Noël. Tourmente de neige. Un avion Istanbul – Paris se crashe. Dans l’avion deux bébés, leurs parents, centre trente passagers et membres d’équipage. Une seule survivante, présentée comme la miraculée du Mont Terrible. Un bébé, éjecté, protégé de l’incendie effroyable par la neige du jura.

Sans marque distinctive, ce bébé est anonyme. Qui étaient ses parents ? Et par voie de conséquence, qui sont ses grands parents ? Deux familles, l’une modeste, ouvrière, l’autre riche des millions d’une l’industrie florissante.

Pendant des mois, le bébé attend à l’hôpital que le juge décide de son sort. Quand enfin les jeux sont faits, la famille privée de descendance refuse ce double deuil : celui, déjà insupportable, de leur enfant et de son conjoint. Celui, enfin,  retardé, imposé par la justice, de leur petite-fille. Un « privé » est embauché, qui va enquêter pendant dix-huit ans.

Je n’en dirai pas plus, par peur de déflorer un mystère habile. Avec Bussi, le diable se cache vraiment dans les détails. Il ne répugne pas non plus à teinter son intrigue d’un soupçon de fantastique, d’un poil de mélodrame, d’une pincée de mystère. Sans compter qu’on atterrit en plein milieu d’un dilemme amoureux cornélien.

Si parfois, on sent que l’auteur prend plaisir à faire lanterner son lecteur, si certains personnages frisent la caricature, dissimulant mal la répulsion de Bussi pour les « cathos – tradis » l’énigme vous agace suffisamment les dents, de rebondissements en rebondissement, pour vous scotcher au livre.

Voilà un roman qui fera le bonheur des amateurs de mystère à la Lupin, avec force retours de situations, et une belle histoire d’amour.

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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 10:30

traquees.jpgTraquées

Michael Robotham

Le livre de Poche 2011

 

Joe O’Loughlin est psychologue. Marié à une femme qu’il adore, traductrice pour des conférences financières top niveau, père de deux adorables filles, dont une pré-ado (un peu pénible, mais c’est un pléonasme, non ?). Le plus gros problème de ce héros est celui de la maladie qui l’atteint cruellement.

« Monsieur Parkinson » est entré dans sa vie trois ans auparavant. Malgré le traitement, son quotidien est fait de lutte incessante pour marcher sans tomber, pour ne pas laisser le stress accroitre l’effet de masque quand les muscles de son visage se tétanisent…

Un jour, il est sollicité par les forces de police qui l’emmènent sur un pont. Une désespérée, uniquement vêtue d’une paire d’escarpins à talons aiguilles rouge rubis, accrochée à son téléphone portable, finit par se jeter dans le vide malgré les exhortations du psy. Soixante dix mètres de chute, cela ne pardonne pas. Nul ne peut résister à ce genre de plongeon.

Culpabilité ? O’Loughlin, tracassé au-delà du raisonnable par la scène, se met en quête d’éléments qui lui permettraient de comprendre la scène surréaliste à laquelle il a assisté, impuissant. Son intuition d’une manipulation va être confirmée par la mise en scène de la mort d’une seconde victime, amie de la première.

Que peut-il y avoir de commun dans le passé de ces deux femmes inoffensives qui explique leur mort ?

O’Loughlin va approcher de très près un personnage que l’armée refuse de reconnaitre comme un des siens malgré ses nombreuses années de service comme « interrogateur ». Un as de la torture mentale et de la manipulation. L’approcher de beaucoup trop près pour ne pas en souffrir, pour ne pas perdre des biens si précieux : santé, famille, amour. Même décryptée, une manipulation reste efficace si elle touche au plus sensible.

Mise en scène efficace d’une effrayante machination, ce roman insiste autant sur le statut de victime que sur celui de bourreau. Il arrive d’ailleurs que les deux se rejoignent, car perdre la raison peut être l’effet d’une descente aux enfers programmée par une nation à son propre profit.

On retiendra aussi l’habileté diabolique des manipulations montées par un esprit pervers que décrit fort bien Deaver. Aucun parent ne peut dire ce que lui, serait prêt à faire et à répondre, dans les situations où sont placées les mères de ce roman à qui le tueur fait croire qu’il détient son enfant.

Ni l’écriture ni la construction de ce roman n’ont rien d’exceptionnel. Il pleut, c’est l’Angleterre en hiver, on boit des litres et des litres de thé. Toutefois, les personnages sont touchants et leur humanité appelle l’identification du lecteur. Un bon suspens, un rythme intéressant et des personnages sympathiques, une critique implicite de ce que l’armée justifie sur les théâtres d’opérations. De quoi remplir plaisamment et efficacement les six cents quarante et une pages de ce « poche ».

 

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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 09:12

Prochaine sortie d’une toute nouvelle collection, chez Krakoen : « Petit Noir ».LeTempsDunCafe.gif

Des petits polars originaux calibrés pour vous réjouir, le temps d’un café…

 

 

A consommer sans modération. Les cinq premiers numéros vous attendent : Max Obione, Claude Soloy, Gérard Streif, José Noce, Jeanne Desaubry.

Au prochain semestre, quand vous serez accros, les numéro 6 à 10 viendront calmer votre besoin de caféine littéraire bien serrée.logoPN-2.jpg

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Lundi 9 janvier 2012 1 09 /01 /Jan /2012 11:24

 

pas-de-pitie-pour-martin_.jpgPas de pitié pour Martin

 

Karin Slaughter

 

Le Livre de Poche, 2011

 

Martin Reed est un loser… Dans ce mot, tout le mépris des autres, les beaux, les intelligents, les méchants, ceux qui ont une vie. Celle de Martin est baignée de permanentes humiliations, de regrets désolants, de hontes rentrées et de multiples désirs inassouvis. Il vit dans la même ville depuis l’enfance, et ceux qui l’ont maltraité cruellement dès la maternelle sont aujourd’hui ses collègues, toujours aussi odieux. Quant à son élévation intellectuelle, jugez-en : Martin travaille dans une entreprise dont le papier hygiénique est le produit phare !  Sa mère, avec laquelle il vit toujours à quarante ans, alcoolique, mal embouchée, violente, rêve de pouvoir le convaincre d’homosexualité ou d’alcoolisme… histoire de s’inscrire à des groupes de paroles de parents désespérés, tous les clubs de la ville, y compris celui de jardinage, l’ayant radiée les uns après les autres.

 

Après un « trou du cul » humiliant gravé sur la peinture de sa voiture, voici qu’il retrouve celle-ci endommagée, pare-choc défoncé. Martin se blesse en retirant le morceau qui le gêne pour rouler. Désespéré il macule sa chemise de sang en bataillant avec les débris de ferraille.

 

Las pour Martin, il n’y a pas que son sang sur sa chemise et un effarant concours de circonstances en fait le coupable idéal du meurtre, tout près de chez lui, d’une collègue particulièrement féroce à son endroit. Le sang de la femme se trouve sur le pare-choc de la voiture de Martin, sa chemise, sa main... Et le corps de la malheureuse est retrouvé : une voiture lui est passée plusieurs fois dessus, délibérément, avec une haine sauvage.

 

Qui peut en vouloir à Martin au point de monter cette efficace machination ?

 

L’enquêtrice chargée de l’affaire est une cinglée mythomane qui a choisi de se faire passer pour lesbienne histoire d’avoir la paix avec ses collègues masculins. Mais sa mystification dépasse de loin ses attentes, et elle est devenue prisonnière de ses mensonges. Sa rencontre avec Martin relève d’une autre sorte de collision avec dégâts (pour lui) et va changer leurs deux vies d’une manière tout à fait inattendue, drôle et féroce à la fois.

 

Avec ce petit bouquin de 140pages, Karin Slaughter bâtit un petit bijou d’humour noir. Personne ne trouve grâce aux yeux de l’auteur. Martin donne envie de le secouer comme un shaker pour le faire sortir de sa passivité. La policière est affolante de parti pris, la mère est folle, le milieu professionnel est répugnant… C’est un catalogue de personnages horribles, sales, bêtes et méchants…

 

Pour peu qu’on ait un sens de l’humour teinté de cynisme, on rira à gorge déployée à la conclusion de ce petit roman savoureux de dérision. Très loin de ses romans plus convenus, Karin Slaughter a trempé là sa plume dans une décoction mélangée de piment, de poivre et de vinaigre qui vous dégage sévèrement les narines !

Krain Slaughter, par ailleurs, se révèle un personnage surprenant. Le combat qu’elle mène en faveur de a lecture publique, totalement abandonnée par les pouvoirs publics, ne peut que la rendre hautement sympathique. Alors, c’est décidé : achetons Slaughter qui soutient financièrement les « pubklics libraries" de sa Georgie natale.

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Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 11:21

La vitre brisée

 

Jeffrey Deaver

 

Livre de Poche 2011

 

J’en demande bien pardon à tous les handicapés de chair et d’os que cela pourrait froisser, mais j’ai dans l’idée qu’il est très tendance aujourd’hui, après « Intouchables » de faire d’un tétraplégique, un héros de fiction. L’avenir nous dira si le phénomène dépassera la mode. Si les regards, au quotidien, donneront le statut d’humain à ces malades, il est vrai trop souvent transparents pour leurs contemporains.

On ne peut toutefois accuser Deaver de céder à la mode puisque le duo Lincoln Rhyme et Amélia Sachs figure déjà dans de nombreuses autres aventures. Sept romans dont le premier, le Désosseur,  a été adapté pour le cinéma avec Denzel Washington et Angelina Jolie dans les principaux rôles –sous le titre : Bone Collector- .

 

vitre-ebrisee1.jpgRhyme est aidé au quotidien par un jeune assistant et une équipe de choc, outillé d’un logiciel de reconnaissance vocale qui lui rend bien des services. Il faut dire que Rhyme rentabilise à merveille toute cette aide : il était, et reste, malgré son handicap consécutif à une fusillade, un enquêteur criminologue réputé, très affuté dans l’exploitation de tout ce qui touche aux prélèvements sur scène de crime. Il a pour auxiliaire sur le terrain une splendide rousse, incendiaire et amoureuse comme il se doit, pas le moins du monde embarrassée par le handicap de son amoureux.

Dans cet opus, donc, Rhyme et son handicap sont confrontés à un mystérieux personnage, tueur en série indétectable. En effet, pointu en matière de collecte des innombrables traces que nous laissons tous sur la toile, l’individu est jusqu’alors passé inaperçu. Changeant de modus operandi à chaque meurtre, il trouve de surcroit le moyen de faire accuser des tiers de tous ses crimes. Or, cette fois, c’est un cousin de Rhyme, autrefois aussi proche qu’un frère, qui se trouve injustement mis en cause.

 

Suspens, tension, interrogations intimes, contre la montre quand il s’agit de délivrer sa compagne alors que l’agresseur renvoie cruellement le héros à son impuissance physique, cette « Vitre Brisée » n’est pas qu’un énième thriller, sous genre : serial killer. S’appuyant sur de récents articles de presse on ne peut plus véridiques, Deaver fait le point sur l’incroyable puissance dont disposerait qui saurait récupérer toutes nos traces électroniques.

 

Toute la trame du roman repose sur l’immense pouvoir qui s’offrirait à qui voudrait collecter et centraliser nos imprudentes confessions bancaires et d’identité sur le net. Et on le lit pas sans un frisson épouvanté les mésaventures d’un quidam dont la vie a été ruinée par un vol d’identité électronique qui l’a laissé misérable.

 

Banque de données, vente de fichiers, fous anti toile, toutes les possibilités sont intelligemment mises en scène, et peuvent, pour les oublieux, servir de rappel à l’ordre. Est-on jamais assez prudent ?

 

Quel guetteur peut de cacher derrière cette vitre brisée dans un immeuble anonyme ?

 

 

 

651 pages, 8 € en poche

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Lundi 2 janvier 2012 1 02 /01 /Jan /2012 19:17

Auteurs-K.jpg

(c) Hervé Sard

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Mercredi 21 décembre 2011 3 21 /12 /Déc /2011 18:00

sequestree-copie-1.jpgSequestrée

Chevy Stevens

L’Archipel, 2011

 

Quand le malheur s’abat sur vous, c’est, ou bien la fatalité, ou bien la conséquence de quelque chose dans votre entourage dont vous n’avez su vous protéger. Ou que vous n’avez su identifier.

Annie est une jeune femme sans histoire. Son plus grand malheur, avant le drame que raconte le roman, c’est tout simplement sa mère. Alcoolique mondaine, reine de la déstabilisation via ce bon vieil outil toujours aussi efficace qu’est la culpabilisation d’autrui, éternelle insatisfaite. Dans la vie de ces deux femmes, une horreur dont on ne parle pas, qu’il est interdit d’aborder : la mort du père et de la sœur ainée chérie, préférée, un terrible soir, quinze ans auparavant.

Annie est agent immobilier. Un soir, alors qu’elle fait visiter une maison vide à un acheteur potentiel, celui-ci l’enlève. Pendant un an, il va la séquestrer, lui infligeant une discipline absurde, folle, quant aux heures des repas ou des toilettes, la violant à répétition jusqu’à lui faire un enfant, la frappant avec violence à chaque manquement à ses règles.

La véritable histoire n’est pas dans ce que subit la jeune femme. Elle est dans la force larvée avec laquelle elle tente tout, désespérément, pour rester en vie. Comment elle dresse des digues au plus profond d’elle-même pour sauvegarder sa raison.

Totalement impuissante, livrée à la folie monomaniaque d’un taré, Annie va survivre, et même (je ne dévoile rien, tout le roman est basé là-dessus), comment elle lui échappe.

Le roman est monté avec finesse : la très, très bonne idée consiste dans une double avancée chronologique au travers du récit qu’Annie fait à son psy de tout ce qui lui est arrivé. On découvre son calvaire par pans successifs, séance après séance, mais surtout on en mesure les effets atroces sur sa vie aujourd’hui. Comment il lui faut des mois avant de pouvoir aller pisser à d’autres heures que celles qui lui furent imposées pendant des mois. Comment elle dort le plus souvent dans un placard, comment sa paranoïa totale l’empêche de retravailler, ou tout simplement d’avoir une vie sociale, malgré son chien, son alarme, ses amis…

C’est un roman passionnant, pas seulement à cause du suspens que Chevy Stevens conserve habilement tout en dévoilant les évènements. Le seul reproche que je lui ferais est celui de la fin, qui selon moi, retire plutôt à la force de l’ensemble.

Une fois libérée, la jeune femme, après un périple douloureux, trouve la police. Mais comment raconter, comment justifier, comment avouer ? Cette scène, pour moi, demeure inoubliable. Chevy Stevens n’y a pas mis qu’une habileté diabolique : une émotion infinie y est enfermée qui m’a tiré des larmes.

Le triple récit du calvaire, de la résilience puis de la libération de l’héroïne, aussi bien physique que mentale dans son long travail pour revenir à la normalité, suffisent à faire de ce premier roman non seulement un livre palpitant, mais encore particulièrement émouvant.

Sans beaucoup de sang, ce roman reste parmi les plus effrayants que j’ai lus depuis longtemps.

C’est un premier roman, on lui pardonne sa fin inutile à cause de la réussite qui précède. Mais Chery Stevens a mis la barre très haut pour les suivants.

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Lundi 19 décembre 2011 1 19 /12 /Déc /2011 11:24

jetuelesenfantsfrancais1.jpgJe tue les enfants français dans les jardins

Marie Neuser

L’Ecailler, 2011

Lisa est enseignante. Ou plutôt, Lisa essaie d’enseigner l’italien dans un collège marseillais. Dans sa tête, elle voudrait reproduire le schéma idéalisé de son père prof, qu’elle a admiré, père adoré de ses élèves. (C’est comme ça : il y a eu un taux de reproduction sociale effarant dans l’éducation nationale jusqu’à cette décennie où tout a basculé). Mais sa classe de troisième est un cauchemar, un véritable calvaire. Lisa arrive à l’oublier le temps des vacances, elle ne survit dans les intervalles que grâce à l’amour de son homme, tendre libraire amoureux.

Les injures, les crachats, les menaces physiques sont monnaie courante. Inutile de seulement essayer de faire de la pédagogie : c’est se heurter à l’impossible. La plupart de ces élèves de troisième sont à la limite de l’analphabétisme. Inutile aussi de chercher de l’aide chez les autres profs ou auprès de l’administration. Ne pas « y arriver », est une faute, une tare, une honte. Un épuisement surtout, qui mine la santé plus surement qu’une maladie chronique. Au point, pour Lisa, de perdre le bébé qu’elle attendait avec bonheur.

Un jour, Lisa commet la terrible erreur de laisser son sac dans sa classe pendant l’inter-cours. Bien sur, la porte est forcée, le sac est volé. Avec son contenu : clefs, chéquier avec adresse, papiers personnels. Car ils surveillent tout. Lisa connait le coupable. Malik. Hyper violent, grossier, responsable de multiples bagarres. Malik qui lui en veut pour l’avoir puni de multiples fois, Malik, plus grand qu’elle, à qui elle doit des points de suture pour avoir essayé d’arrêter une bagarre pendant son cours.

A partir de cet instant, la vie de Lisa bascule. La séparation qu’elle maintenait tant bien que mal entre sa profession et sa vie lui sauvait la peau. Elle va craquer quand sa porte est taguée, qu’elle est suivie, qu’elle sent son existence menacée, celle de son mari, celle aussi de l’enfant qu’elle porte.

Petites sculptures en merde, chiens, connards, racaille… C’est Lisa qui parle de ses élèves, dans sa tête, tout du long, qui les regarde, qui les juge. C’est la haine de Lisa dont le monologue intérieur dégouline au long des cent soixante quatre pages d’un roman bouillonnant de désespoir et d’impuissance. Un ton terrible, des mots, des situations à donner des suées.

Marie Neuser, l’auteur, est enseignante, on l’aura deviné. Il se trouve que moi aussi. Cela n’intéresse peut-être pas le lecteur potentiel à la recherche de renseignements sur ce roman. Mais je préfère avouer, voire revendiquer, une totale subjectivité.

Ce roman m’a paru si terriblement vrai. Ce sentiment si dévastateur d’impuissance devant certaines situations, cette usure qui mènent au désespoir. Dans le même temps, j’ai reculé devant le ton de cette jeune prof assaillie de rage et de haine.

Je ne porte pas de jugement. Je vois bien « je tue les enfants français… » comme un roman thérapeutique, une bouée sans laquelle la prof aurait sombré. Mais cette rage, cet anéantissement par les mots… Est-ce qu’ils ne restent pas des enfants, malgré tout ? Cette interrogation m’a accompagnée tout du long, et le malaise ne m’a pas quittée.

Il faudrait faire lire ce roman à tous les inspecteurs de l’éducation nationale, à tous les conseillers pédagogiques, à tous les bons apôtres de ministère qui ratifient d’un trait de plume ferme les cascades de suppressions de postes. A tous les parents, les représentants d’association de parents, à tous les élèves.

Ou pleurer dans un coin ?

Car on ne peut que comprendre Marie Neuser, et avec elle, se dire qu’on a perdu, déjà, la bataille de l’éducation en France, dans bien des zones. Autant dire qu’on a créé les conditions d’un avenir terrible qui va nous péter à la figure. Ce roman a le mérite de le dire crument.

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Super haine PETIT NOIR

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PETIT NOIR

Livre et eBook

Au feu les pompiers !

Roman jeunesse  

dans la collection "Larpo & Rino"

aux éditions Krakoen

w9782916330822.jpgDisponible en librairie et sur Internet

Enseignante, j'accompagne le roman d'un dossier pédagogique, gracieusement mis à disposition des enseignants sur le site de l'éditeur dans sa version numérique. (Clic sur l'image pour plus de détails)

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